JEUNE FILLE
Son modeste profil fleurit à la fenêtre
Dont elle a relevé le rideau pour mieux voir.
Lorsqu'un pas glisse et fuit, qui cela peut bien être
Sur la place où son mur allonge un carré noir.
Les yeux sages baissés à l'ourlet qui chemine
Au bord du calicot, elle tire le fil
D'un geste égal et lent d'où jaillit le subtil
Crissement de l'acier sur le dé qui s'obstine.
Ses cheveux sont coquets ; elle s'appelle Hermine.
Ce linge qu elle coud en s*appliquant si fort, C'est son trousseau : des chemises, des camisoles S*ornant de menus jours^ pour elle très frivoles, Par sa main seule vive en l'heure qui s'endort.
C'est son trousseau, car, un jour ou l'autre elle espère
Qu'un jeune homme, un Monsieur, peut-être, on ne sait pas,
Voulant s'établir et la sachant ménagère.
Viendra la demander. Ah ! sur la place, un pas.
Aux vitres, prudemment guetteuse, elle aventure
Un regard qui détaille et s'attache au passant,
(Ce nouvel employé de la Sous-Préfecture.
Grave et brun, tout pareil au fiancé vu dans
Le roman de son cher journal de Broderie)
Vraiment, il est très bien, d'un air si comme il faut !
Elle reprend le point, rêvant galanterie,
L'ourlet, plus promptement borde le calicot,
Accords tendres, bouquets, pendants de pierre fine,
Eglise et voile blanc. . . Elle s'appelle Hermine.
Elle met seulement une lettre au trousseau, S'// vient on brodera la seconde initiale.
87/ vient ! . . . Mais il se peut qu'à l'ombre du rideau
Elle se fane avant l'invite nuptiale.
Alors, son linge mis en pile et prémuni
De camphre et de verveine en branche dans l'armoire,
Elle s'en servira pour les fôtes notoires
Et n'attendra plus rien, au long des jours ternis
Que le baiser du temps sur les vierges d'ivoire.