LOURD SOMMEIL DES MAISONS
Pour Daniel Allard,
Lourd sommeil des maisons dans les Sous-Préfectures, Quand dix heures ont plu du clocher sur les toits ; Sommeil que vient veiller la lune, quelquefois Et que seuls les grillons bercent de leur murmure . Silence de la rue angoissante, mystère Des volets refermés où nul rayon ne luit, Seuils ombreux et sournois d'où soudain le chat fuit Au bruit dur de mon pas que la nuit exagère.
Les massifs endormis, par la lèvre des fleurs, Exhalent des parfums ; de la campagne proche Viennent ceux de la vigne et des foins. . . Les senteurs Se mêlent enivrant Tair nocturne. Les loches Doivent monter aux murs verdis dans la fraîcheur.
Mais voici, tout au fond d'un jardin d ermitage, Qu'une fenêtre s'ouvre aux langueurs de Juin ; L'accord d'un piano s'élève, le feuillage A frémi et mon cœur s'est ému, sentant bien Quel tendre aveu dans la romance pèse et n'ose. Et mon front s'est posé sur la grille où mes mains Effeuillent sans savoir les rosiers et leurs roses !