MIDI
Midi. Tout le jardin grésille de lumièie ; Chaque feuille est figée en Tépaisse chaleur ; Toutes celles du buis sont des éclats de verre, La rose s est penchée et le pavot blanc meurt . Midi ; au creux tentant de la charmille heureuse Porte avec Tabricot odorant et le pain, La pêche à la joue douce et la prune au pollen Léger plus que celui des corolles soyeuses.
Voici le seau du puits pour rafraîchir tes mains.
Vois la route brûler, Ah I Tardent paysage Qui met devant tes yeux un rêve de clarté, Là-bas, fait plus certaine encor la volupté D'avoir dans cette grotte obscure de feuillage, Des fruits mûrs et cette eau dont le reflet voyage Aux branches où le barbot lourd s'est arrêté. Un Angélus lointain s'égrène, monotone, Sur les villages bleus assoupis, sur les champs ; La treille n'a plus d ombre et seul, le maigre chant De la cigale vibre. Un moustique fredonne* . . Midi î Tout le repos sur la terre pesant.
Ah 1 qu'il demeure au fond de ta jeune mémoire,
Avec son goût de miel, sa brûlure et sa gloire,
Ce jour, si rutilant et si riche en plaisir.
Et qu'aux temps hivernaux où l'ennui vient saisir
Ton cœur faible en ses doigts givrés, tu voies encore
Ces fruits, comme des fleurs, et que l'heure se dore
Au soleil illusoire et pur du souvenir I