SOIS FEMME
Rfcs chère, sois plus femme én(^ Me plaire davan^^
Mêle avec art lés fleurs qui parent tes cheveu^ Et sache t'inclinor au I
; Çç ; ci ti ■ il est de plus grave en im C'est d^
D ètr® ^ cimo piirç, et roasis, et J*îiç, " a"
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SOIS PJ; M M
Qu'un changeant univers so transforme en ta face Que ta robe s'allie à la couleur du jour, Et choisis tes parfums avec un art sagace, Puisqu'un léger parfum sait pttirer l'amour.
Immobile au milieu des jours, sois attentive Comme si tu suivais les méandres d'un chant, Allonge ta paresse <\ l'ombre d'une rive, Erre sous les cyprès à l'ombre du couchant.
Sois lointaine, sois la Présence des punies Dans les palais détruits où frissonne l'hiver, Dans les temples croulants aux ombres sibyllines, Et souffre de la mort du soleil sur la mer.
Comme une dont on hait la race et qu'on exile, Soi.% faible et parle bas, et marclio avec lenteur, Expire chaque soir avec le jour fébrile, Agonise d'un bruit et meurs d'uno senteur.
122 FLAMBEAUX ÉTBJNTS
Étant ainsi ce que mon rôvo t'aurait faite, Reçois do mon amour un, hommage fervent, O toi qui sais combien le ciel est décevant 1 *
Aux curiosités fébriles du poète I
Et je retrouverai dans ton unique voix, Dans le rayonnèrent de torç visage unicjue, Toute l'ancienne, pompe et l'ancienne musique Et le tragique amour des reines d'autrefois,
Tes beaux cheveux seront mon royal diadème, Mes sirènes d'hier chanteront dans ta voix, Tu seras tout ce que j'adorais autrefois, Toi seule incarneras l'amour divers que j'aime.
IM HUTE QUI s'iîST TUfi
m FLUTE QUI S'EST TUE
Ij.
J e m'écoute, avec des frissons ardents, Moi, le petit faune au regard farejuche, L'âme des forêts vit entre mes dents Et le dieu du rythme habite ma bouche,
Dans ée bois, loin dos -œgipans rôdeurs, I Mon cœur est plus doux qu'une rose ouverte; Les rayons, chargés d'heureuses odeurs, Dansent au son frais de ma flûte verte.
■ Môlcz vos cheveux et joignez vos bras Tandis qu'à vos pteds le bélier s'ébroue, ♦ Nymphes des halliersl Ne m'approchez pas! Allez rire ailleurs pendant que je joue!
Car j'ai la pudeur do mon art sacréj
Et pour honorer la Muse hautaine,
Je chercherai l'ombre et je cacherai ;
Mes pipeaux vibrants dans le creux d'un chôno,
Je jouerai, parmi l'ombre et les parfums, Tout lo long du jour, en attendant l'heure Des chœurs turbulents et des jeux communs , Et des seins offerts que la brise effleure* -
m, Mais je tais min chant pieux et loyal Lorsque le festin s'exalte et flamboie.
Seul le vent du soir apprendra mon mal, N Et les arbres seuls connaîtront ma joie,
LA FlUTK QUI s'iiST TUIÎ 1 2f
Je défends ainsi mes instants meilleurs. Vous qui m'épiez de vos yeux de chèvres, 0 mes compagnons I allez rire ailleurs Pendant que le chant fleurit sur mes lèvres I
Sinon, — jo suis, faune après tout, si beau Que soit mon hymne, — et bouc qui se rebiffe, Je me vengerai d'un coup do sabot Et djun coup do corne et d'un coup do griffe I
HAMUGAUX iS TEINTS
LES ÊT\l!S 'DU LcA ff^UIT
Lus êtres de la nuit et les êtres du jour Ont longtemps partage mon .Ame, tour h tour. Les êtres de la nuit m'ont. fait craindre te jour»
Car les êtres du jour soin triomphants et libres, . Nulle secrète horreur ne fait vibrer leurs fibres, Ils ont le regard clair de ceux qui naissent libres*
LKS ÉtiUiS DU IA NUIT ' \2J
Les êtres de la nuit sotSt lents, passifs et doux,
Leur âme est comme un fleuve obscur et sans remous,
Leurs gestes sont furtifs et leurs rires sont doux.
Mais les ôtres du jour ont des prunelles claires, De ce bleu que volent seills les aigles dans leurs aires* Le jour fait resplendir ces prunelles trop claires.
Ce sont les yeux aigus des héros et des rois
Du Nord '.qu'on entend rire au fond des palais froids,
Et des reines dont l'âme a domine les rois.
Les êtres dé la nuit sont craintifs, «--, mais dans l'ombre Un phosphore inconnu luit en leur regard sombre î Les êtres de la nuit ne vivent que par l'ombre,
Lectures de la nuit sont faibles et charmants i Ils trompent, ct*ce sont les fugitifs amants, Les amantes aux coeurs perfides et charmants,
FLAMBEAUX ÉTEINTS
lis détournent, dans te baiser, leur froide bouche, Et leur pas se dérobé ainsi qu'un vol farouche* On ne boit qu'un baiser décevant sur leur bouche.
Il faqt craindre l'attrait des êtres de la nuit
Car leur corps souple glisse entre les bras et fuit,
Et leur amolli* n'est qu'un mensonge de la nuit.
L* a t>o iu b l u repos,' les brèves accalmies, Vous seules me les donnâtes, ô mes (amies!
Voyant paraître enfin la lune à Parc d'argent Je me Repose et me désennuie^ en songeant,*.
Vous fûtes la douceur de mes heures mauvaises,
Le baume oriental qui trompe les malaises, Y
Ht vous m'avez conduite eu un verger païen Où l'âme ne regrette et ne désire rieiu
1 jU FLAMBEAUX ETEINTS
Vous fûtes le parfum du soif sur mon visage, ; ".->' Et la volupté tristë, et la tristesse sage. * i
Au hasard du Destin,' vous fûtes tour à tour
La sereine tendresse et le mauvais amour, "• : ■{ :
Je vous prends et je vous respire, mes aimées, S Ainsi qu'uneguirlandc aux fraîcheurs embaumées*
Vous avez su 'tourner vers vous tous mes désirs,
Et vous avez rempli mes mains de souvenirs» v '
Je voUs le dis, à vous; qui m'avez couronnée ;
« Qu'importent les demaîns? Cette nuit m'est donnée!
« Qu'importe désormais ce qui passe et qui fuit? Nul vent n'emportera l'odeur de cette nuit. »
v Vous avez dénoté mes cheveux, ô maîtresses ; Qui mêliez en riant des roses à mes tresses) ;■; ,
Si bien que je n'ai plus sangloté de ne voir .... 1 A mon front ni léger pampre ni laurier noir.
VOICI CK QUE JE CHANTERAI l]l
La gloire m'a souri dans les aubes dorées Puisque ma gloire est de vous avoir adorées.
Vous m'avez enseigné dans les jardins, sachant Qu'ainsi je Vous louerais* l'amertume du chant,
Et, d'une voix parfois troublée et parfois claire,
O femmes 1 j'ai chanté dans l'espoir de vous plaire,
ljf:2 • • FLAMBEAU X ETEINTS • :
Lvl LU(KE S'EST PCOTÈE...
Ou u t B> je sais la ttibtt.de Madonna la lune, ; De la lune aux cheveux si blonds et si légers, Aux yeux furtifs et dont les voiles ouvragés; - Glissaient avec un si doux frisson dans la brune*
Hier soir, quand1 j^rrais au loin* je l'aperçus. Je Tàperçus penchée et pleurant, sousfyeuse, Ainsi qu'uni ^
Se lamentant des élicrs baisers trop tôt ddçusV
Î,A LUNK s!bST NOYÊfi.i* Itf
Comme pour un festin, elle salait parce, Elle s'était parte avec ses colliers d'or. Un hibou, s'éjevant dans un craintif essor, La frôla doucement de son |ulc égarée*
La Lune s'inclina, Tellp aux soirs de jadis,
Aux longs soirs de jadis tremblants sur l'eau dormante,
Elle mirait son front capricieux d'amante,,,
Et sou'dain j'entendis un froissement d'iris,
J'écartai les roseaux frémissants et tenaces,
Tenaces a l'égal de frôles bras liés! '
La Lune reposait, avec ses beaux colliersi
Au loin, se répandait un threno de voix basses,
La: Lune diffusait une faible splendeur, ,.' i Une splendeur mourante, au fond des herbes glauques» îît voici que, soudain, ayant tu ses chants rauques, Un crapaud se posa froidement sur son cœur.
134 FLAMBEAUX ÉTEINTS
Je vais pleurant la mort de la Lune, ma Dame, De ma Dame qui gît au fond des nénuphars* 11 n'est plus de clarté dans ses cheveux ép^rs, Et ses yeux ont perdu Tazur vert de leur flamme. ,
Quel lit recueillera mon frileux désespoir, Mon désespoir^ damant fidèle et de poète,? O vous tous que le bruit de mes pleurs inquiète, La lune s'est noyée au fond de l'étang noir I
CARAVANES IJf
Cc4 %c4V c4frtES
C^'bst le soir. On entend passer les caravanes» Rythmiques, les chameaux allongent leurs pas lourds. La clochette a leur coq jette des refrains sourds. Smyrne dort, du sommeil repu des courtisanes.
Dans un jardin 'créé par les mains de la nuit î De fabuleux jasmins déroulent leurs lianes, Ht nies rêves s'en vont, comme des caravanes, Vers l'inconnu charmant où l'amour les conduit»
I36 r FLAMBEAUX ÉTEINTS
Mes rêves, «défilant en lentes caravanes, Mes grands rêves chargés du poids de tanfd'espoirs, S'en vont, au bruit lointain des cloches, dans les soirs, Vers la maîtresse brune aux voiles diaphanes»
Orientalement immuable, elle attend Sans rêve et sans désir, comme font les sultanes, Bt peut-être, entendant passer mes caravanes, Ses yeux les suivront-ils daiis leur marche, un instant*
Des palmiers surchargés de dattes, de bananes, M'attendent en l'espace aux rares tamaris, J'y connaîtrai l'espoir déçu dé l'oasis
Que cherche vainement la soif des caravanes* '
Mais je sais que là-bas, loin des ferveurs profanes, Beauté captive aiix longs loisirs pleins $e regret, . Ma Sultane repose en ce palais sacré Où mes rêves s'en vont, comme des caravanes.
ans i Hndès souterrain où la n,ot 'iosouv.cns-tude l'île odorante, ô tsappha ? Du verger ou l'élan des lyres triompha, Et dos pommiers fleuris où la brise s'arrête?
lté
Toi qui fus à la fois l'amoureuse et l'amant 1 JP/jouvicns-tu d'Atthis, parmi N ombres pâlos? Do ses refus et de ses rires, do ses raies, De son corps étendu, virginal et dormant?
140 SIUAGES
Te souviens-tu dos hauts trépieds et de leurs flammes? Do la voix d'Brannài s'élevant vers la nuit, ' Pour l'hymne plus léger -qu'une aile qui s'enfuit,
Mais que ne perdra point la mémoiro des femmes?
Ouvre ta bouche ardente et musicale,,. Dis 1 Te souviens-tu do ta maison de Mytilènc, Des cris mélodieux, des baisers dont fut pleine Cette demeure où tu parus et resplendis?
Revois la mer, et ces cj&tes asiatiques .
Si proches dans le beau violet du couchant,
Que, toi, tu contemplais, en méditant un chant' •
Sans faute, mais tiré des barbares musiques!
Le Léthé peut-il fiire oublier ces vergers Qui dorment à- l'abri des coups de vent; maussades, Et leurs pommes, et leurs figues, et leurs grenades, Et le doux tremblement des oliviers légers?
INVOCATION
Peut-H faire oublier le pas lassé des chèvres Vers Tétable, et l'odeur des vignes do l'été? Dors-tu tranquillement là-bas, en vérité, Toi dont le nom divin est toujours sur nos livres?
Toi qui fus la prêtresse et l'égale des Dieux, Toi que vint écouter l'Aphrodite elle-même, Dis-nous que ton regard est demeuré suprême, Que le sommeil n'a pu s'emparer de tes yeux!
Parmi les flots pesants et les ombres dormantes, Toi qui servis l'Érôs cruel, Tfirôs vainqueur, r L'Érôs au feu subtil qui fait battre le coeur, As-tu donc oublié le baiser des amantes?
Les viorges de nos jours égalent en douceur* Celles-là que tes chants rendirent éternelles, Les vignes de Lesbos sont toujours aussi belles, La mer n'a point changé son murmure bercèur.
142 SIHAQES
Ah 1 rejette on riant tes couronner fanges! Et, si jamais l'amour to fut amer et doux, Écoute maintenant et reviens parmi nous Qui t'aimons à travers l'espace et les années I