MALÉDICTION SUR UN JAUDIN I
SMailÈ'DICTIOtNl SU\ U(Ni Jvi'RpllK
Fane-toi, beau jardin dont j'aimais les odeurs, Où s^ttardaient, plaintifs et las, les vents rôdeurs. Que périssent demain tes miels et tes odeurs!
Et que d'infâmes vers rongent le cœur des roses! Que penchent lps pavots et les pivoines closes! O jardin, que le soir fasse mourir tes rosés!
144 SIUAGRS
Vienne (c vent mauvais qui tuera ces jasmins Qu'elle cueillit hier, en passant, de ses mains
Qui restaient pâles clans la pâleur des jasmins I
Voici que monte et que s'accroît le flot dos herbes Furieuses autant que les vagues acerbes. Que montp la marée invincible des herbes I
Et que ce flot tenaco étrangle les grands lys < Pareils à sa blancheur et qu'elle aimait jadis! ' Que soit anéanti le flernier'de ces lys l ■
Que le passant dénonce et détruise ces ronces» Dont l'accueil est pareil aux plus rudes semonces,
En maudissant le mal infligé par ces ronces!
Jardin, pourquoi serais-tu beau, jeu^e et charmant, Toi qui ne reçois plus mes pas fiévreux d'amant, Et qui ri'abrites plus son jeune corps charmant?
MALÉDICTION SU H UN JAKPIN I4f
Je t'abandonne aux yeux futurs, je te délaisse I Puisque tu ne plais plus à la belle maîtresse Qui t'aimait, à mon tour, jardin, je te délaisse.,.
Beau jardin où nos pas ne s'égareront plus, Reçois des étrangers les longs soins superflus! Fane-toi, beau jardin 1 Elle ne m'aime plus.
SILLAGES
rotbctmcb d$ ce c|Ut s'éffare et qui fuit, Souveraine des bois, des sommets et des rives, Toi qui prêtes un songe illusoire aux captives Que le malheur inné de leur race poursuit,
Toi dont le règard froid et mystique traduit Le pâle amour. de nos âmes contemplatives, Toi qui fais miroiter l'argent vert des olives, Toi qui daigne^ sourire aux filles de la nuit,
SONNBT POUa IA IUNB
sur les grenouilles, sur Jes lièvres, Sur les eaux, les marais où sommeillent les fièvres les fleuves et les mers que tu sais engourdir, '
lève-toil Je t'épie a l'ombre d'une berge I ...Mon cœur n'a plus que le vide de son désir, Et j'aime vainement l'étoile h plus vierge.
si
SILLAGES
ojçi l'heure où le mort goûte aux festins funèbres, Et je t'ai préparé, comme hier, le repas. Crâce aux flammes, grâce aux lampes, on ne sent pas L'enveloppement fin et serré des ténèbres,
Voici mes voiles verts, voici mon front paré . Des joyaux et des fleurs qui conviennent aux fêtes. Daigne entrer! Comme hier, toutes choses sont prêtes, Savoure le repqs* savamment
A UNE OMBfcB AIMÉ lï
Ton coeur m'approuvera, Le vin ost délectable, Ayant mûri dans le soleil d'un très beau jour, Les fruits semblent créés par les mains de l'amour, Une lueur très douce illumine la table»
Ta place habituelle est prête. Viens t'asseoir, Près de moi, prends ici ta place accoutumée, O l'amie aux doux yeux tristes, la bien-aimée,
Pour toi j'ai revêtu mes parures, ce soir!
Pourtant un souffle froid entrebâille la porte, Et dans mon corps glacé je sens mon coeur tranéi. Je ne puis oublier que je suis seule ici, Que je suis triste et que je n'aime qu'une morte»
SIMAOBS
Lo4 &fc4ISOPC VU ?<s4SSÊ
01 qui m'as oubliée aujourd'hui, qui fus mienne
Cependant, viens dans la maison aérienne
Du songé et du passe',
Il y demeure un soir doux au regard lassé, Les chambres aux plafonds creusés comme les dômes S'y, peuplent de fantômes,
J'y retrouve là-bas les livres oubliés* Les sachets odorants encore et les colliers, Les choses familières.
Î,A MAISON DU PASSÉ Ifl
Je ne sais quoi do triste obscurcit les lumières Pourtant,.» Et dans l'air traîne un funèbre parfum, Car on attend quelqu'un,
Reviens dans la maison du pissé, mon amie! Cette chambre, qui fut si longtemps endormie, S'éveillera pour toi.
Et Ton n'y reconnaît que ton ordre, ta loi Que nul ne contredit et que nul ne transgresse, Mon maîtro et ma maîtresse!
Reconnais ton odeur d'ambre mêlé d'iris, toute chose dans la demeure de jadis Porte la chère empreinte,
Le foyer s'est éteint, la lampe s'est éteinte Dans la chambre sans fleurs où je t'ouvre les bras, l Toi qui ne viendras pas!
SILLAGES
, L'USEE
J e vous admire et je vous sais Indiscutable Autant qu'une statue en face de la mer» Vos regards ont çe bleu périlleux qui m'est cher, \ Vos cheveux d'or brûlé sont plus doux que le sable,
Vous éclatez ainsi qu'un hymne triomphal, L'eurythmie elle-même a décidé vos poses, J'aime, pour vos cheveux, ces rubis et ces roses
Rouges, pour votre corps ce lourd maritçau ducal,
POUK L'UN»* EN SONGEANT A i/aUTHB
Maintes et maintes fois, relisant votre face, Jo vous admire, ainsi qu'un poème éternel, Vous êtes évidente h la façon du ciel, Gloire de votre terre et fleur de votre race,
Oui, vous êtes pareille, avec la cruauté De vos regards d'azur, de vos hanches profondes, A celle qui posa ses pieds nus sur les ondes, Et je célèbre en vous l'implacable beauté,
Vous êtes despotique, invincible, éternelle, Et vos caprices ont l'autorité du vent,1 Jamais nul ne dira trop haut ni trop souvent ; Elle est belle I — Car vous êtes belle, très belle,
Je vous sais belle ainsi, Pourquoi faut-il alors, , O parfaite! qu'auprès de vous je me souvienne D'un visage blêmi comme une image ancienne, Et de pâles cheveux sans rayons et sans ors?
! f4 ' SILLAGES
Pourquoi faut-il que ce chant d'éloges alterne \ Avec un long sanglot sur le mode mineur, Qui célèbre sans fin L- ainsi le veut mon cœur - Les yeux moins lumineux, la chevelure terne?
Mes jours auprès de vous sont plus clairs et meilleurs, Vous n'avez jamais eu le geste qui repousse, Et vous êtes plus belle et vous êtes' plus douce,.. Pourquoi faut-il qu'on aiitfe ailleurs? toujours ailleurs?
EN JUTANT L'aNCRB
S îi lî MO D H M A J lî jJ K
JL sens croh.re l'ennui des livres vieux et sages, Donne&moî, donnez-moi des mâts et des cordages!
Je ris^en jetant l'ancre f- Au hasard du vent fou,! i i Du flot capricieux, j'irai je ne sais pfi,
Mon corps est moins pesant et mon ftmo s'allège, Car je ne reviendrai jamais.». Où donc irai-jet»
I|6 ' ; SILLAGES
Puisqu'on y voit des ciels et des aspects nouveau*, Tous les pays que Ton ne connaît pas sont beaux,
Les paysages sont changeants comme les nues.
Qui dira la splendeur des terres îhconnues?
je] me souviens qu'au fond des soifs lents ét songeurs Je lisais lef très beaux récits des voyageurs.
Ils avaient vu là-bas tant d'admirables choses 1 Leurs morts s'illuminaient^ rouges apothéoses»
Je les envie* Et je m'a|)andonlie, .comme eux, Aux perfides courants des fleuves hasardeux.
Qu'on détache l'amarre et qu'on hisse les voilés 1 Dès que s'allumeront les premières étoiles!
Le ciel est doux.J'heuré est favorable, A mon tour,
J'irai vers ces pays de terreur et d'amour*
Et je dis mes adiéux aux choses familières,
Aux doux prés, au* maisons, h leurs bonnes lumières.
EN JETANT l'aNCRB îJ7
Je m'en vais s*ns pleurer, pour ne plus revenir. Mais j'emporte avec moi le latent souvenir.
Dans le fond ténébreux et dormant de mon Ame S'élève, chaque nuit, un visage de femme.
SUR L )l, MO D IS MIKHUU
J'ai vu trop d'océan9. J'ai vu trop de pays.
Le regard s'éteint presque en mes yeux éblouis,
Sachant (que la bonté du sort m'est enfin due,1;
Je retournerai vers celle que j'ai perdue* u
Toute autre forme n'est qu'un remous de la mer, Et je ne me souviens de rien qui me fut cber»
If 8 SILLAGES
Ces autres ont passé sur mon chemin, mais elle I De mon âme elle â fait sa maison éternelle*
Nul bonheur de là-bas* ne m'a fait oublier Qu'entre ses frêles bras elle a su nie lier»
Unique, elle demeure en mon âme éternelle. C'est pourquoi, malgré moi* je retourne près d'elle,
Je la verrai toujours ainsi que Je la vis, Avec les mêmes yeux ignorants et ravis.
À travers les hasards des courants et de l'heure Et des vents et des ciels, elle existe et demeuré...
QUELQUES SOtNIWiETS
Nb ^'accuse jamais de mensonge, 6 ma Douce I Je ne j'ai pas menti» je ne te mens jamais* rt Je ne fus point toujours irréprochable, mais Ce blâme immérité de toi, je le repousse,
ai
Certes, je .crains ta voix lorsqu'elle se courrouce, , Je crains mortellement cette voix que j'aimais, La Voix $ qui je dois obéir désormais, Et, lorsqu'elle a dicté, mon courage s'émousse.
Mais, sous ton regard clair qui pénètre mes reins, Plutôt que de mentir, ô l'être que je crains I Lorsqu'il fallait parler, je me suis abstenue.
Je dis la vérité, comme au* temps du trépas : Et devant ton regard voici mon âme nue, Devant ce regard clair qui ne pardonne pas.