IMPRÉCATIONS CONTRE SES PERSÉCUTEURS
Seigneur, exauce ma prière.
Et ne rejette point mes clameurs loin de toi; Attentif à mes maux, sensible à ma misère,
O mon Sauveur, exauce-moi.
Ma peine sans cesse redouble; Accablé de tourments, je m'attriste et gémis. On m'afflige, on m'opprime, et mon esprit se trouble
A la voix de mes ennemis.
Poussés d'une noire malice.
De crimes supposés ils ont su me charger. Leur aveugle courroux m'accable d'injustice,
Et ne cherche ({u'à m' affliger.
Percé d'une profonde atteinte, Je sens d'un trouble affreux les funestes terreurs; Et tout ce que la mort peut inspirer de crainte,
Mon âme en souffre les horreurs (1).
1 . Je isiiis saisi de toute l'épouvante que donne la mort. — Sacy : La craints do la mort est venue fondre sur moi.
Je frémis, mes membres frissonnent Du malheureux état où je me vois réduit, Et les voiles épais dont mes yeux s'environnent
Me couvrent d'une sombre nuit.
Que n'ai-je, comme je souhaite (1), L'aile d'une colombe et sa légèreté!
Ohl que j'irais bientôt chercher dans la retraite
Mon repos et ma liberté!
Fuyant Tennemi qui m'insulte.
Je me délivTcrais des maux que j'ai soufferts; Loin du monde trompeur et de son vain tumulte,
J'irais dans le fond des déserts.
Mais tu fais toute mon attente : Mon cœur faible et tremblant est par toi rassuré; C'est toi qui des périls d'une affreuse tourmente
Par tes bontés m'as délivré.
Confonds ces langues criminelles :
Eloigne ces pécheurs de tes 3'eux irrités; A tes divines lois que d'âmes sont rebelles!
Que de cœurs pleins d'iniquités!
La fraude et la noire malice Entourent leur demeure, en forment les remparts; Une fourbe maligne, une affreuse injustice,
Y triomphent de toutes parts.
1. J'ai diî, alors : Qui est-ce qui me donnera des ailes aussi légères q\ie celles de la colombe, pour m'envoler dans un lieu où je puisse trouver du repos?
Je fuirais loin de mes ennemis, et j'irais choisir une demeure tranquille dans le fond d'une solitude.
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L'usure avide, impitoyable, Knrichil ces pécheurs par un inique vol; I^t l'on ne voit entre eux qu'un combat exécrable
De lâche surprise et de dol.
Si par une langue ennemie D'un opprobre malin je m'étais vu couvert. J'étoufferais ma plainte, et mon âme affermie
L'aurait plus constamment souffert.
Si j'avais reçu ces injures D'un homme à me haïr dès longtemps déclaré, Ma prudence peut-être eût rompu ses mesures.
Et je m'en serais mieux paré (1).
Mais c'est toi, c'est ta perfidie, Toi que d'un même esprit je croyais animé; Toi, chef, en qui mon cœur depuis longtemps se fie.
Toi, mon sang, que j'ai tant aimé.
Tant de fois d'un mets délectable, De mon pain tant de fois je t'ai rassasié : Unis au même temple, unis à même table.
Nous avons ensemble prié (2).
Que sur toi, que sur tes complices, La mort puisse venger les maux que j'ai soufferts!
1. Peut-être que j'aurais .trouvé le moyen de m'en garantir. — Sacy : Peut-être que je me serais caché de lui.
2. Je te communiquais les mets de ma table les plus délicieux, et tu maccompagnais dans le temple j>oui unir tes prières aux miennes. — Sacy : Qui trouviez tant de douceur à vous naun# des mèm^s viandes que moi, et avec qui je marchais avec tant d'union dans la nini-on <lf> Dieu.
Seigneur, qu'ils soient tout vifs, pour trouver leurs supplices. Engloutis au fond des enfers.
On voit de tous côtés les crimes Régner insolemment dans leurs pompeux palais; Et leurs cœurs endurcis sont les profonds abîmes
De toutes sortes de forfaits.
Mais c'est à toi, dans mon martyre. Oui, mon Dieu, c'est à toi que j'élève mes cris, Que ton unique bras, après qui je soupire,
Rompe les Incs où je suis pris.
Que l'astre d'où part la lumière Soit dans son plein midi, qu'il naisse ou soit baissé, Mon cœur s'ouvre à tes pieds par une humble prière.
Et sera sans doute exaucé.
C'est en vain qu'on me persécute :
Tu rendras à mon âme une profonde paix (1); En vain de toutes parts on travaille à ma chute.
Tu ne m'abandonnes jamais.
Oui, je verrai (2) pai' ta clémence Tous mes vœux exaucés, comme tu l'as promis : Dieu, qui de tous les temps précédas la naissance (3),
Tu détruiras mes ennemis.
1. Il rendra la paix à mon âme. ■ — Sacy : Il me donnera la paix, et rachètera mon âme.