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LES ROSEAUX ET LES EAUX

À M. SELWVN IMAGE.

Que j'aime les roseaux tremblants du bord de l'eau, les clairs roseaux mouvants, tout frissonnants, penchés plaintifs sur la rapide rivière, les sveltes flexibles roseaux qui frémissent et bruissent au doux frôlement de l'eau, au moindre souffle du vent. En la rivière, retenues, flottent des mousses, radieuses éclatantes prairies, minuscules forêts touffues, que les rayons du soleil, transperçant les eaux fugitives, illuminent et constellent de mille flammes vives. Et par-dessus les mousses, des algues, comme des serpents Inquiets cherchant une route perdue, ondoient sans trêve, s'enroulent, s'allongent et se déroulent au gré des eaux, au cours de l'eau.

Le vent s'élève et ride l'eau, le vent passe dans les roseaux ; les hautes tiges inclinées baignent en gémissant leur tête dans l'eau. Il semble qu'une main tremblante écarte les hautes tiges, je crois entendre un grand soupir et le mystérieux clapotis que cause un remous brusque de l'eau. Ah ! sûre-

ment, une femme était assise là, qui s'est dans l'onde claire, furtive, fugitive, évanouie. Chère dame des pâles roseaux, chère âme qui vous penchiez sur l'eau, qui êtes-vous, que pleuriez-vous, pourquoi êtes-vous disparue?

Au cours des eaux, au fond des eaux, rien ne bouge que les algues, les claires algues, les longues algues, souples et ondoyantes comme des chevelures dénouées, comme d'amoureux serpents aux anneaux d'émeraude qui languissamment se jouent dans le pur cristal de l'eau qui fuit. L'eau murmure en s'éloignant, l'eau se lamente en s'écoulant ; ô chant doux et triste, murmures, plaintes des roseaux, regrets, soupirs qui montez de l'onde qui s'enfuit, vous pleurez Ophélie, la vierge rose et blanche, la douce morte fleurie, qui mêlant sa voix à vos chants, portée par vous, blanc lis, fleur spirituelle mourut, chantant les fleurs et son amour avec les fleurs qu'elle tenait embrassées. Et dans le cristal fuyant des eaux, je vous rêve, et vous découvre enfin, ô vierge aux grands yeux bleus, âme égarée d'amour, ô fleur, tragique fleur de pur amour, cachée, pleurante au creux des sources, au fond de toutes les rivières.

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