‹ Poèmes sans rimesChapitre 9 sur 13 · HANSONS D'AMOUR · texte numérisé non relu

HANSONS D'AMOUR

Ah ! quel heureux sort, ah ! quel triste sort, ah !

quel heureux sort que d'être amoureux.

Quand je te vois, c'est le matin ; quand je te vois,

c'est le printemps: frais baisers, fraîches fontaines, coeur nouveau, saison nouvelle ; flammes de tes yeux, rayons de soleil, bourgeons éclos, vivants poèmes ; claire et verte chevelure des arbres traversée de soleil, luxure de ton ondoyante chevelure; fleurs de pêcher toutes blanches pâmées sur le ciel bleu, fleur de ta bouche rouge, riante et passionnée ; étang bleu où se mire l'azur des cieux, bleus, larges et profonds étangs amoureux de tes yeux, toute la nature est en fête, toute mon âme est en fête quand je te vois, quand je t'ai vue. Mais si je te perds, o chère inconstante, quelle triste saison, quelle froide saison, quel funèbre, glacial et dur hiver. Sombres ciels gelés, blanche terre gelée, cœur glacé, désert, abandonné; le vent souffle, pleure et s'engouff"re et je suis seul au fond d'un gouffre. Les ramures des arbres se plaignent dans les rafales, la pluie tombe, le ciel se voile, plus de chansons, de longs sanglots, dans mon âme délaissée comme au rivage délaissé, longue plainte du vent et des flots.

Mais que veux-tu, volage enfant ? Veux-tu l'hiver ou le printemps ? Te reverrai-je, te reverrai-je, et comme je t'aime, m'aimeras-tu ? Sort bienheureux, sort inclément, quel triste sort, quel heureux sort, sort incertain, divers, changeant, d'être amoureux sans être amant.

Au ciel bleu, au profond et pur ciel bleu scintille la magie des étoiles changeantes et les clairs feux réguliers des constellations innombrables.

Epandues par le ciel, de flottantes nuées transparentes, guirlandes interrompues de fleurs ge'antes et divines, s'entr'ouvrent en neigeuse mousseline, brodées aux spacieux manteaux de la nuit; et dans le cœur de ces fleurs géantes, comme des gouttes de rosée au cœur des fleurs terrestres, brille, meurt et scintille le feu miraculeux des étoiles inaccessibles.

Ta chevelure est profonde et sombre, et toute étoilée d'amour comme les manteaux célestes de la nuit printanière ; et dans les pierreries qui s'enflamment et s'enorgueillissent au sein de ton amoureuse chevelure, comme dans les feux changeants incertains des étoiles, je vois briller, resplendir et trembler mon amour, mon fier amour, mon jeune amour, tremblant de passion, de crainte et d'espérance.

Cruelle et chère enfant, o mon amie, ma joie, mon seul espoir, folle, espiègle comme un enfant, sans transition, rieuse et gaie, triste ou fâchée, désenchantée comme un enfant, mon amie aux yeux fous, aux cheveux fous, mon amie aux belles lèvres rouges, chaudes et parfumées, m'aimes-tu vraiment quand tu dis que tu m'aimes ?

Si je pouvais le croire, je vivrais plus heureux que le roi le plus heureux, et je le crois parfois lorsque je suis auprès de toi, et que mes yeux troublés plongent dans tes grands yeux passionnés, amoureux, semblables à des fleurs vives et parfumées, ouvertes dans la nuit printanière; humides miroirs voluptueux où se reflètent et passent de calmes paysages nocturnes, des forêts grises, des forêts bleues, des bois pleins d'ombre et de longs chants d'oiseau, de tendres arbres penchés sur des routes blanches, et des prairies semées de fleurs sous de grands ciels bleus endormis, où tremblent et palpitent de pâles étoiles, de lointaines étoiles changeantes, comme les feux incertains de ton amour.

Mais d'autres fois aussi, surtout quand vient le soir, et que des ombres emplissent notre chambre, des ombres descendent dans tes yeux, et des rêves inconnus s'y poursuivent, jusqu'à ce que tes yeux deviennent fixes et durs, et passant par-dessus mes yeux, s'obstinent à suivre les capricieux, obscurs détours de tes pensées désenchantées ; et tes chers yeux ne sont plus pour moi que de froids abîmes où je me désespère et je me perds, sans que tu veuilles même songer à t'en apercevoir; et tu me dis parfois de ton plus gai sourire que ton amour a fui, que notre amour est fini, et il me

semble alors que l'on m'arrache le cœur de la poitrine, que l'on me remplit les yeux de ténèbres et je ne vois plus rien ensuite que des espaces noirs et désolés à l'infini, dans lesquels le bruit seul de mes pas résonne lugubrement à mes oreilles, et me rappelle ce que j'avais, bonheur, oublié pour un jour, que je suis seul ici, inexorablement seul et pour toujours.

Yp^ lALOGUE.

\\ Petite maîtresse, ô mon espoir d'un jour, je I 1 t'offre mon cœur fou d'amour, ivre d'amour, mon JJ cœur qui ne bat que pour toi, qui bientôt saignera ^ ■"'^ pour toi.

Je t'offre ô mon amant aimant, mon fin sourire, mon doux sourire qui a souri à d'autres, qui sourira pour d'autres.

Petite maîtresse, ô mon espoir d'un jour, mire-toi dans mes yeux pleins de tes yeux malicieux ; vois-y tes boucles folles, ton front très blanc, tes yeux, ta bouche, tout ton riant visage affolant auréolé de l'amour que j'avais rêvé.

O mon amant aimant, miroir clair et délicieux, comme en une vivante fontaine je vois trembler et briller ma chère image dans tes yeux ; je ferai de ton cœur une fleur, rouge fleur pour parer mes sombres cheveux.

Petite maîtresse, ô mon espoir d'un jour, jamais tu ne m'as aimé ; tu t'es aimée toi-même en mon amour et t'es trouvée plus belle tout un jour.

O mon amant trop exigeant, que voudrais-tu, que rêves-tu; tu n'aimes toi-même que tes rêves, les nuages, le ciel et les étoiles.

J'aime ton image, petite maîtresse, dans les nuages, le ciel et les étoiles ; et je te remercie de l'amour que tu m'as donné ; de la peine que tu m'as causée, à moi qui voudrais aimer du plus suprême amour le monde entier.

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