‹ Poèmes tragiquesChapitre 33 sur 69 · I.K l.f-VKII. K 1)1-; MA (.NUS · texte numérisé non relu

I.K l.f-VKII. K 1)1-; MA (.NUS

Par masses, et tantôt p;ir furieuse averse, Sans relAclie et sans fin, lugubre efTondrenient, La neige croule, pleut, tournoie et se ilisi)erse.

D'un suaire rii^ide elle étreini ruclciueiit

Le sol, les rocs, les bois, et le ileuve qui nlle

Sous les glaçons qu'il rompt de moment en moment.

Et le vent fait courir sa plainte sépulcrale Des caveaux du donjon à son faîte ébranlé, Embouchant l'escalier qui se tord en spirale.

D'un rauque hurlement de cris aigus mêlé Il emplit la crevasse ouverte à la muraille Et fouette le battant sur le gond descellé.

Il secoue aux piliers les grappes de ferraille, Ou, parfois, accroupi dans les angles profonds. Il pousse un rire amer comme un démon qui raille.

Le duc Magnus n'entend ni les cris ni les bonds Du vent qui s'évertue à travers les décombres Et culbute en courant les hiboux aux yeux ronds.

Le rude seigneur songe à des choses plus sombres:

Ses vieilles actions le hantent chaque nuit

De plus vivants sanglots et de plus mornes ombres.

iqo POÈMKS TRAGIQUES.

Tandis qu'il va le long du mur rugueux qui luit,

Assailli par le flux de son passé tenace,

L'œil mi-clos du Chien noir l'espionne et le suit.

Dès qu'il tourne le dos, cet œil plein de menace

Avec avidité darde un éclair haineux

Qui s'éteint brusquement quand le maître repasse.

Puis, le Chien souffle et fait vibrer ses reins noueux. Et les trois Sarrasins, roides, comme en extase, Sont là debout. Qui sait si la vie est en eux?

Un immuable rire aux dents, la tête rase, Ils rêvent, flagellés par les rouges reflets De l'àtre crépitant où la souche s'embrase.

Sur la grêle cheville et les bras violets

Qiii pendent aux deux bords de leur veste grossière,

Etincelle l'argent de triples bracelets.

Ils gardent, fixement ouverte, la paupière

Où luisent deux trous blancs sous le front ténébreux.

On dirait un seul homme en trois spectres de pierre.

Tels, maître, esclaves, chien, par le fracas aff"reux De la tempête qui se déchaîne et qui pleure. Veillent, cette nuit-là, sans se parler entre eux.

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