I. K t fi VU I I H r)l M ACNL". . 1<J
Qu'il soit ou non vciuiii, le Mot sacramentel Siillit, lie et (.lélic; et riinique blasphème list de nier qu'un mot lave un péché mortel.
Donc, très tard, dans cent ans, sonne l'heure suprême!
Il aura fait sur terre un premier paradis;
Puis, il trépassera, le front oint du Saint-Chrême.
D'ailleurs, combien d'élus qui se pensaient maudits?
En avant! En avant! Haut l'épéc et la lance!
Toin du Diable! Après tout, le monde est aux hardis.
Il va. Le bon cheval^ encore plein de vaillance, Sous l'homme qu'un réseau de fer vêt tout entier, Enfonce au sol mouvant qui flamboie en silence.
Pas à pas, et sans halte, il creuse son sentier Et hume, en secouant le chanfrein et la bride, La fontaine qui filtre à l'ombre du dattier.
En un pli du désert qu'aucun souffle ne ride.
Elle attire de loin les bêtes dont le flair
Sent germer sa fraîcheur dans la plaine torride.
Sous l'implacable ciel qui brûle, où manque l'air,
Cavalier défaillant, pèlerin qui halète
Se reprennent à vivre en buvant ce flot clair.
Aussi, sans que l'aiguë et massive molette
Le morde aux flancs, le bon cheval hennit vers l'eau
Où le dattier rugueux se penche et se reflète.
L'ardeur de son désir lui gonfle le naseau
Et fait neiger, au bord de la barde imbriquée.
Les flocons de sueur qui moussent sur sa peau.
Voici la roche fauve au désert embusquée,
Et l'eau vive. Tous deux s'abreuvent à longs traits.
Magnus se couche et dort, la tête décasquée.
Sous l'ombre que midi crible en vain de ses rais, L'étalon dessanglé, dont le ventre bat d'aise, Libre du lourd chanfrein, broute le gazon frais.
Ils reposent ainsi, sauvés de la fournaise.
Le temps passe. Dans la pourpre de l'Occident
Le soleil plonge enfin, tel qu'une immense braise. ,
Et, brusquement, la nuit succède au jour ardent.
Le désert allégé soupire. Est-ce l'hyène
Et le chacal qui font, là-bas, ce bruit grondant?
Quel est ce tourbillon spectral qui se déchaîne ? Certes, ce ne sont pas chameaux et chameliers Pérégrinant, selon la coutume ancienne.
r I. I f vKi i;i( i)i: m acnl's. lyj
Non! c'est iiii .sombre vol de cinq cents cavaliers, Pii.ites du désert, vivant Séinoim qui rôde, Jour et nuit, h travers les sables familiers.
I.'ivil et Toreille au }^uet, ils s'en vont en maraude; L'yatagan sans ^aine au liane et lance en main. Ils viennent, soulevant la poussière encor chaude.
Sinistres, haillonneux, et n'ayant rien d'humain,
Tout leur est bon, chrétiens, croyants, hommes et bêtes.
Forteresse ou couvent qui barre leur chemin.
Puis, des rocs, leur repaire, ils regagnent les crêtes. Outre le lourd butin emportant au pommeau De la selle saignante un chapelet de têtes.
C'est une écume de toute race, un troupeau Carnassier de soudards chrétiens, de Juifs, de Druses, Et d'Arabes qui n'ont que les os et la peau.
L'un descend du Taurus ou des gorges abstruses
De l'Horeb, celui-ci du Liban, celui-là
Des coteaux du vieux Rhin, cet autre des Abruzzes.
La soif de l'or et du meurtre les assembla. Transfuges, renégats, bandits, lèpre vivante, Ils approchent par bonds rapides, les voilà!
l^H POÈMES TRAGiaUES.
Le noble destrier, qui de loin les évente, Élargit ses naseaux, gonfle son col dressé, S'irrite de l'odeur et hennit d'épouvante.
Magnus, sans s'abriter du heaume délacé. Saisit sa masse, crie et frappe, assomme et tue. Et, saignant de la nuque aux pieds, gît terrassé.
C'est en vain qu'à lutter encore il s'évertue : Sa tête tourbillonne, et l'ombre emplit ses yeux; La rumeur des chevaux et des hommes s'est tue.
Est-ce la mort qui vient? Satan, sombre et joyeux, Va-t-il rompre à jamais tant de force charnelle, Tant de désirs sans frein d'un cœur ambitieux ?
Est-ce lui qui déjà l'emporte sur son aile, Qui l'étreint de sa griffe, et souffle par instants Dans ses os l'avant-goût de la flamme éternelle?
Rien ! plus rien ! Un soupir des poumons haletants, Un vertige, un espace immense, une nuit noire. Magnus oublie, il part, et s'en va hors du temps.
Ainsi, comme du haut d'un âpre promontoire
On voit l'horizon vaste au loin se déployer,
Le vieux Duc songe aux jours lointains de son histoire ,
Il in.nvlu', le front Ixis, aux lueurs du foyer, Tel qu'un morne lion qui tourne dans sa cage, Ileuriant les durs barreaux qu'il ne saurait broyer.
Le vent hurle toujours au dehors et lait rage. Les Muets sont toujours debout. Sur le pavé De l'âtrc, le Chien noir cligne son œil sauvage.
Magnus se souvient-il, ou bien a-t-il rêvé
Qu'en ses veines la mort mit un frisson de glace?
Il ne sait. Il poursuit le songe inachevé.
Quel éblouissemcnt inattendu l'enlace ?
Une tente aux longs plis de soie, aux cordes d'or;
De somptueux coussins posés de place en place.
Des cassolettes où l'ambre qui fume encor
Unit son tiède arôme aux frais parfums des roses,
Filles des chauds soleils de Perse et de Lahor.
En leurs gaines d'argent tordant leurs lames closes. Des sabres, des poignards aux courts pommeaux polis. Constellés de saphirs et de diamants roses.
De grands bahuts ouverts et jusqu'au bord emplis D'un étincellement de pièces métalliques, Besans, schiquels, sequins, aigles à fleurs de lys.
D'éclatants ostensoirs, des coffrets à reliques, Des chandeliers d'autel, des mitres et des croix. Et des chapes de prêtre et des éphods bibliques.
Or, lui-même, vêtu tel que les anciens rois D'Orient, est assis, couvert de pierreries, Sous cette vaste tente aux splendides parois.
Il a conquis son rêve, et sur les deux Syries La terreur de son nom plane sinistrement, Comme un oiseau de proie autour des bergeries .
Il a tout renié, l'honneur et le serment
Du chevaHer,, le nom et la foi des ancêtres ;
Il règne par l'embûche et par regorgement.
Les bandits qui l'ont pris, voleurs, apostats, traîtres, L'ont fait roi du pillage et dieu des Assassins, Ayant Luxure, Orgueil et Cruauté pour prêtres.
Mieux que Cheiks de tribus et Soudans sarrasins. Il a de grands harems pleins de femmes fort belles Que surveille un troupeau d'eunuques Abyssins.
Arabes du Hedjaz aux longs yeux de gazelles, Juives aux cheveux noirs, Persanes aux seins bruns, Et négresses d'Egypte aux ardentes prunelles.