‹ Poèmes tragiquesChapitre 38 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

C'est un ancien nioutier de Nonnes, qu'en l'Année Mil et cent, le royal Godcfroy dédia A la Mère de Dieu, d'étoiles couronnée.

Sur cet âpre coteau du Carmel, où pria, Jadis, Élie, au temps des terribles merveilles. Le char miraculeux du Voyant flamboya.

Le moutier dresse là ses murailles pareilles A de blanches parois de tombe, d'où le chœur Des vierges chante et monte aux divines Oreilles.

Salah-Ed-din, le grand Soudan au noble cœur, Respecta ce retrait des humbles infidèles, Et, vivant, l'abrita de son sabre vainqueur.

Mais il est mort, et nul ne s'inquiète d'elles,

Hors la Mère céleste et les Esprits de Dieu

Qui, sans doute, d'en haut, les couvrent de leurs ailes.

204 POÈMES TRAGiaUES.

Amen ! Car un démon rôde autour du saint lieu. N'ayant aucun souci de la Vierge ou des Anges, Il aiguise son fer, il attise son feu.

Donc, cent Nonnes, chantant les pieuses louanges. Vivent là, sous la règle austère du Carmel, Aussi pures que les nouveau-nés dans leurs langes.

Loin de l'orage humain, loin du monde charnel. Coulant leurs chastes jours dont le terme est si proche. Elles ont l' avant-goût du repos éternel.

Plus jeune que ses sœurs, comme elles sans reproche, L'Abbesse Alix commande au Saint-Carmel, étant Du sang de Bohémond, le prince d'Antioche,

Hier, elle a délaissé, pour le Ciel qui l'attend,

Palais, richesse, orgueil de sa haute lignée,

Et, très belle, l'amour, mensonge d'un instant.

L'aube du Jour sans fin dont son âme est baignée Nimbe son front tranquille, et ses pieds radieux Semblent avoir quitté notre ombre dédaignée.

Mais le courage et la fierté de ses aïeux Couvent au fond du cœur de la Recluse austère; Ils luisent par instants dans la paix de ses yeux.

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