‹ Poèmes tragiquesChapitre 51 sur 69 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Klytai m ne si r a

Le portique extérieur du vieux palais de Pélos. Architecture massive. Colonnes coniques, trapues et sans base. Au fond, Arjjos, entre les colonnes. La scène est sombre. Les Erinnyes, grandes, blêmes, décharnées, vêtues de longues robes blanches, les cheveux épars sur la face et sur le dos, vont et viennent. Le jour se lève. Toutes disparaissent.

Les vieillards Argiens, appuyés sur de hautes crosses, entrent par le fond, et se séparent en deux demi-chœurs, à droite et à gauche. — Talthybios et Eurybatès font quelques pas en avant, l'un vers l'autre.

TALTHYBIOS, EURYBATÈS, Le Chœur des Vieillards.

TALTHYBIOS

O chers vieillards, depuis dix très longues années. Ils sont partis, les Rois des nefs éperonnées.

Entraînant sur la mer tempétueuse, hélas!

Les hommes chevelus de l'héroïque Hellas,

Qui, tels qu'un vol d'oiseaux carnassiers dans l'aurore,

De cent mille avirons battaient le flot sonore.

Et nul n'est revenu, des guerriers ou des chefs!

EURYBATÈS

Tant de braves, ô Dieux d'Hellas! et tant de nefs!

TALTHYBIOS

Que de bouches mordant la terre où le sang fume, Que d'étalons mâchant une suprême écume. Que de lances rompant l'orbe des boucliers, Que de chars fracassés vides de cavahers. Et d'âpres hurlements mêlés au choc des armes !

EURYBATÈS

Pour une femme, ô Dieux, que de sang et de larmes!

TALTHYBIOS

Seuls, ici, vieux, sans force et tremblants, nous restons

Près des foyers éteints, ployés sur nos bâtons;

Mais nos enfants sont morts dans leur vigueur première !

EURYBATÈS

Comme des spectres nous errons à la lumière.

TALTHYBIOS

Il ne reviendra plus, l' Atréide divin !

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Quelles libations d'eau salée ou de vin,

Quelles cuisses de bœufs, lourdes de double graisse,

Apaiseront jamais THrinnys vengeresse

Qui hante, nuit et jour, cette antique maison,

Cxt antre de la haine et de la trahison,

l:xéerable témoin des vieux crimes des hommes?

Silence! Taisons-nous, impuissants que nous sommes^

La temme qui commande avec un cœur de fer

N'attend plus le héros qu'a pris la sombre mer,

Ou que le Priamide a dompté de sa lance.

Pour nous, ayons un bœuf sur la langue. Silence!

Et le jeune héritier de ce palais ancien! Cette honte est sa part, cet opprobre est le sien, De vivre misérable et sous le fouet servile. Et de ne plus revoir son peuple ni sa ville, Hélas!

EURYBATÈS

Hélas!

TALTHYBIOS

O Zeus ! assis sur les sommets Vénérables, dont l'œil ne se ferme jamais. De qui l'épais sourcil courbe nos pâles têtes Sous la convulsion tonnante des tempêtes,

O Daimôn très auguste et toujours triomphant, Entends-nous ! Souviens-toi du père et de l'enfant !

Les Précédents, LE VEILLEUR.

LE VEILLEUR, entrant précipitamment.

C'est lui! Mes yeux l'ont vu. Le feu sacré flamboie,

C'est lui ! Le Danaen s'est rué sur sa proie,

Et la grande Ilios s'écroule sous les Dieux !

O sanglante splendeur d'un jour victorieux.

Qui roules de montagne en montagne dans l'ombre,

Salut, flamme! salut, gloire de la nuit sombre, .

Que, sous la pluie et sous les astres éclatants,

Mes yeux ont tant de fois cherchée, et si longtemps !

Patrie! ils ont mordu, les mâles de ta race,

La groge Phrygienne avec l'airain vorace;

Ils ont déraciné la muraille et la tour!

Et voici resplendir l'aurore du retour !

TALTHYBIOS

Insensé, qu'as-tu dit, et quel songe t' égare ? Va ! la cendre du Chef gît sur le sol barbare ; Aucun ne reviendra, de ceux que nous aimons.

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