I.RS fiUlNNYRS
C'est iiii Icii de bercer ;ui faîte noir des monts, Ou quelque rouge éclair du Kronide.
l.E VEILLEUR.
Non, certes!
J'étais debout, veillant, les paupières ouvertes. Non! Le dernier bûcher, le plus haut, pousse cncor A travers la nuée ini long tourbillon d'or: C'est le signal jailli d'Ilios enllammée. Je l'atteste! Ilios est aux mains de l'armée, Et le Maître, le Roi des hommes, est vainqueur!
Les Précédents, KLYTALMNESTRA.
KLYTAIMXESTRA. — -£"//«• entre, suivie de ses femmes. — Elle fait un geste. — Le Veilleur sort.
Il a dit vrai. Vieillards, la joie est dans mon cœur.
Comme un torrent d'hiver qui déborde les plaines,
Les Dieux ont déchaîné la fureur des Hellènes.
La lance au poing, la haine aux yeux, l'injure aux dents.
Sur les temples massifs,, sur les palais ardents
Que l'incendie avec mille langues hérisse,
J'entends tourbillonner Pallas dévastatrice,
Et la foule mugir et choir par grands monceaux,
Et les mères hurler d'horreur, quand les berceaux,
Du haut des toits fumants écrasés sur les pierres, Trempent d'un sang plus frais les sandales guerrières. Ah! la victoire est douce, et la vengeance aussi ! Rendez grâces aux Dieux, vieillards, de tout ceci. Que de fois ils m'ont prise au filet des vains rêves ! Mais il faut bien payer nos prospérités brèves, Et c'est peu que dix ans d'attente et de désir. Quand le prix en est proche, et qu'on va le saisir. Oui! Le Maître, l'Époux, le Roi des nefs solides. Revient au noir palais des héros Tantalides, Et, comme il sied sans doute, il m'y rencontrera!
TALTHYBIOS
Femme du Chef absent, Reine Klytaimnestra,
Qui commandes la sainte Argos chère aux Daimones,
Certes, nous l'avouons, tes paroles sont bonnes,
Mais l'Espérance est jeune, et nous sommes très vieux !
EURYBATÈS
L'ineffable avenir est dans la main des Dieux. Souvent l'essaim léger des visions joyeuses Illumine la paix des nuits silencieuses. Crains l'aube inévitable, ô Reine, et le réveil!
KLYTAIMNESTRA
Suis-je un enfant qui pleure ou rit dans le sommeil? Soit! Il suffît : j'ai vu pour vos vieilles prunelles. Chantez aux Bienheureux les hymnes solennelles,
Il: s f'RINNYRS. 267
C;ir la llammc infaillible a parle hautement.
Ht les nefs ont fendu Poséidon é-cumant,
lît l'éperon d'airain s'enfonce dans le sable.
Il approche, le Chef sacré, l'irréprochable
Porte-sceptre, à qui /eus accorde le retour.
Mais non pas, ô vieillards, de voir, vivante au jour,
Cette jeune victime aisément égorgée
Dont le sang pur coula pour qu'Hellas fût vengée,
Cette première fleur éclose sous mes yeux
Comme un gage adoré de la bonté des Dieux,
Et que, dans le transport do ma joie infinie.
Mes lèvres et mon cœur nommaient Iphigénie!
Ce qui dut être fait est fait. C'est bien. L'oubli
Convient à l'homme, alors que tout est accompli.
Louez les Dieux! L'armée a pris la grande Troie.
Je vais à toute Argos annoncer cette joie,
Et, sous le vaste ciel, faire, de l'aube au soir.
De cent taureaux beuglants ruisseler le sang noir.
Elle sort.
TALTHYBIOS, EURYBATÈS, Le Chœur des Vieillards.
talthybios.
Rois Olympiens, vengeurs des faits illégitimes!
Si le feu bondissant luit de cimes en cimes,
Si mes yeux vont revoir le Maître qui m'est cher,
D'où vient cette terreur qui hérisse ma chair?
EURYBATÈS
O vous, qui, déroulant les saisons et les heures, Ramenez dans Argos et ses riches demeures Le Dompteur de chevaux qui réjouit mes yeux, Je n'ose vous louer, Protecteurs des aïeux! Sous un funèbre doigt mes lèvres sont scellées.
TALTHYBIOS
Images des vieux Ciiefs, Ombres échevelées, Qui portez à pas lents sur Tépaule et le dos Les forfaits accomplis, comme de lourds fardeaux, Pourquoi m'envelopper d'un murmure de haine ? Faces des morts couchés par milliers sur la plaine. Et dans la nuit sinistre en proie aux chiens hurleurs, Que me demandez-vous, ô Spectres, ô douleurs!
EURYBATÈS
Hélas! que me veux-tu, charme de la patrie, Jeune Vierge, au miUeu des délices nourrie, Qui croissais dans ta grâce et dans ta pureté ? Ta chair blanche a saigné sur l'autel détesté !
TALTHYBIOS
La Ville injurieuse est conquise, Dieux justes!
LliS ÊKINNYKS. 269
Vdus ave/ renversé ses iiuiraillcs robustes,
(touché l.i citacielle au niveau tlii sillon,
Ht chassé vers Ar^os un moine loiubillon
De vaincus, vils troupeaux bêlant hors des étables!
Mais j'ai le ca-ur très sombre, ô Dieux inévitables,
O patients Vengeurs longuement suppliés!
Tous les crimes anciens ne sont pas expiés.
J'entends une rumeur qui roule, immense, et telle Que la mer.
TALTH YBIOS.
Il est vrai. Que nous annonce-t-elle ?
EURYBATÈS
Un long cri de victoire et de joie, ô vieillards, Se mêle par la Ville au bruit strident des chars! C'est le Maître, entouré de clameurs infinies.
TALTH Y BIOS.
Cher Zeus, préserve-le des vieilles Érinnyes !
EURYBATÈS
Un malheur est caché dans l'ombre, je le crains. Déesses, qui hantez les gouffres souterrains, Faites ses derniers jours tranquilles et prospères !
Les Précédents, KLYTAIMNESTRA,