‹ Poèmes tragiquesChapitre 53 sur 69 · AGAMEMNON, KASANDRA · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, KASANDRA

Guerriers, Matelots, Femmes de Klytaimnestra,

Captifs et Captives.

klytaimnestra.

O Roi! franchis le seuil antique de tes pères. Entre, applaudi des Dieux et des hommes, vivant Et glorieux, sauvé des fiots noirs et du vent. De la foudre de Zeus et des lances guerrières ! Cher homme, qu'ont suivi mes pleurs et mes prières. Destructeur d'Ilios, rempart des Akhaiens! Quand, loin de la patrie, ô Chef, et loin des tiens, Au travers de la plaine où sonnaient les knémides, Tu poussais sur le mur massif des Priamides Un tourbillonnement d'hommes et de chevaux. Solitaire, livrée en pâture à mes maux, Errant de salle en salle au milieu des ténèbres. L'oreille ouverte au vol des visions funèbres, Moi, j'entendais gémir le palais effrayant; Et, de l'œil de l'esprit, dans l'ombre clairvoyant. Je dressais devant moi, majestueuse et lente. Ta forme blême, ô Roi, ton image sanglante!

Llii IiHINSVI s. 271

Que peut la iiionic vcuvl-, liélas! d'un tel mari? Ht c'est pourquoi ton lils, Tenlaut que j'ai nourri, L'héritier llorissant du sceptre et des richesses, Vit loin d'Argos et loin des embûches traîtresses. Tu le verras. Les temps sont passés à jamais Des songes pleins d'horreur où je me consumais, Et d'une attente aussi qui semblait éternelle. Voici riiomme! Voici l'active Sentinelle Du seuil, celui qui m'est plus doux et plus sacré Qu'au lointain voyageur ardemment altéré Le frais jaillissement de l'eau qui le convie! Viens donc, ô Maître, orgueil d'Hellas et de ma vie, Et foule fièrement d'un pied victorieux Cette pourpre qui mène aux palais des aïeux!

Les fe»i»ies de Klytaimnestia étendent des tapis de pourpre devant Agatnefunôn.

Je te salue, Argos, de lumière fleurie !

Salut, temples, foyers, peuple de la patrie!

Et vous qui de l'opprobre et de l'iniquité

Avez gardé mon toit depuis longtemps quitté,

Zeus! Hermès! Apollon, Prince aux flèches rapides!

Je vous salue, amis divins des Atréides,

Qui, dans l'épais filet patiemment tendu.

Avez amoncelé tout un peuple éperdu.

Et qui faites encore, au milieu des nuits sombres,

La tempête du feu gronder sur ses décombres !

Pour toi, femme ! ta bouche a parlé sans raison :

J'entrerai simplement dans la haute maison;

Je veux être honoré, non comme un Dieu, non comme

Un Roi barbare enflé d'orgueil, mais tel qu'un homme;

Sachant trop que l'Envie aux regards irrités

Rôde daps l'ombre autour de nos félicités.

Il convient d'être sage et maître de soi, femme!

KLYTAIMNESTRA

Chère tête, consens! J'ai ce désir dans l'âme. Puisque les jours mauvais ne sont plus, il m'est doux D'honorer hautement et le Maître et l'Époux Et le vengeur d'Hellas. Roi des hommes, sans doute Cette pourpre t'est due, et plaît aux Dieux.

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