LE TALION
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Le Talion
Ai-je dormi? quel songe horrible m'a hanté? Oh! ces spectres, ces morts, un blême rire aux bouches, Surgis par millions du sol ensanglanté.
Et qui dardaient, dans une ardente fixité, Leurs prunelles farouches!
Tels, sans doute, autrefois, Y'heskel le Voyant, Le poil tout hérissé du souffle prophétique, Les vit tourbillonner en se multipliant Hors du sombre Schéol, dans le Val effrayant Où gît la Race antique.
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Et ces morts remuaient leurs os chargés de fers, Et j'entendais, du fond de l'iiorizon qui gronde. Pareille au bruit du flux croissant des hautes mers, Une Voix qui parlait au milieu des éclairs En ébranlant le monde.
Elle disait : — O Loups affamés et hurlants, Princes de l'aquilon, ivres du sang des justes! Dans les siècles j'ai fait mon chemin à pas lents; Mais je viens! je romprai de mes poings violents Vos mâchoires robustes.
Le jour de ma colère, ô Rois, flamboie enfin : Voici le fer, le feu, le poison et la corde! J'étancherai ma soif, j'assouvirai ma faim. Le torrent de ma rage est déchaîné, le vin De ma fureur déborde !
Il est trop tard pour la terreur ou le remords, Car le crime accompli jamais plus ne s'efface. Car j'arrache les coeurs féroces que je mords. Car mon peuple a dressé la foule de ses morts La face vers ma face !
O Princes ! c'est pourquoi vous ne dormirez point Au tombeau des aïeux, immobiles et graves, Sous le suaire où l'or à la pourpre se joint, Votre couronne au front et votre épée au poing, Comme dorment les braves.