‹ PoésieChapitre 10 sur 274 · INTRODUCTION XVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XVII

aimor. Est-ce par contraste, et comme on souhaite l'automne après l'éblouissement d'un jour d'été? On dirait plutôt qu'il reporte sur sa terne Bourgogne un peu de la grâce et de la magnificence des paysages italiens : il s'ingénie cà trouver entre les aspects de son pays et ceux du Midi une ressemblance i|ui embellit les premiers à ses yeux, comme, après le voyage d'Orient, il découvrira dans les coteaux de Millyquehiue chose des collines de la Grèce. Un soleil intérieur s'est levé en lui, qui ne s'éteindra plus. Quand il rejoint Milly (dans l'été de 4812), après un long détour sur Lausanne et sur Paris, c'est avec une àme nouvelle. La poésie a cessé pour lui d'être un jeu intellectuel : le sentiment profond, la passion vraie n'y ont pas encore leur place; la sensation vive et sincère s'y est introduite.

En IS'l'i, 1813, 1814, il est tout à la poésie. Toutefois il n'atteint encore le lyrisme, qui est la véritable voie de son génie, qu'à travers le drameetl'épopée. Une Médée, une Brunehaut, un Mérovée, un Saûl : voilà ce qui l'occupe. Sur des sujets tirésde la Bible ou de l'histoire nationale il voudrait écrire des tragédies plus libres, plus lyriques surtout, que les modèles classiques. Il rêve aussi d'un poème sur Clovis, qui serait le triomphe de l'inspiration chrétienne et patriotique.

On est stupéfait de voir combien peu les événements publics de 1814 et 1815 paraissent l'avoir ému. Il a vingt-cinq ans, l'Empire tombe : c'est pour lui l'occasion de recevoir un brevet de garde du corps et d'aller s'ennuyer dans sa garnison de Beauvais. Les Cent Jours? l'occasion d'un voyage en Savoie et en Suisse, car il aime mieux passer la frontière que servir Napoléon. Waterloo, le retour des Bourbons le ramènent en France; il va solliciter à Paris, prendre contact avec la société aristocratique renaissante. Clovis l'occupe toujours. Il voudrait aussi publier quatre livres d'élégies amoureuses dans le genre de Parny. Nous sommes loin des Méditations : pourtant elles sont à la veille de naître.

Dans l'été de 1816, les médecins ordonnèrent à Lamartine le séjour et les eaux d'Aix-les-Bains, en Savoie. C'est là qu'il rencontra « Elvire », qu'il l'aima et que l'amour éveilla en lui comme un autre génie. Elvire ne nous a longtemps été connue que par les poétiques images des Méditations et par les fausses confidences de Raphaël. Nous savons à présent qu'elle s'appelait en réalité Julie; son mari, M. Charles, presque septuagénaire, était secrétaire de l'Académie des sciences. Mme Charles

Page 1