‹ PoésieChapitre 11 sur 274 · XVIII LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

XVIII LAMARTINE : ŒUVRES CHOISIES

ne se itrésentail pas ù Lamartine, comme Gi'aziella, jtarée du seul et naïf alliait de la jeunesse; c'était une femme de lienledeux ans, d'une pliysionomie, scmble-l-il, plus expres-^ive que ht'lle. déjà pi'ofondément atteinte par le mal qui devait l'emporter quinze mois plus lard. Elle toucha d'abord Lamartine par la lan^rueur même el la grâce que mettaient en elle ces menaces d'une fin prochaine. La solitude, l'éclatante tristesse de l'automne, un paysage digne de la Nouvelle lleloïse, tout coiicnuriii au développement d'une passion qui « se uourris- >-ait do mélancolie », et qui se transforma bientôt pour Lamartine en une sorte de culte idéal el demi-mystique, analogue à celui qu'avaient voué jadis Pétrarque à Laure, Dante à Béatrice.

Il ne faut pas oublier toutefois qu'après les semaines solitaires et brûlantes du séjour à Aix, Lamaitine revit .Mn)e Charles dtM'anl()ualreuiuisàParis, entouréede sa famille et de ses relations, cultivant la société, empressée à servir .ses amis, aimant à plaire. La Correspondance du poète est nnielle sur cette époque; mais les Lettres d'Elvire à Lamartine, inihliées par M. Doumic en 1005, ont achevé de l'aire succéder lliisloire à la légende. Ne faut-il pas le regretter? Ces lettres révèlent chez Mme Charles un es[»rit vif et pénétrant, assez singulièrement uni à une sensibilité abondante, à une imagination exaltée; au demeurant, l'expression n'en est pas agréable : elles rappellent trop le xvni' siècle et Mn«e de Warens. Il y règne im déplaisant mélange d'amour et de malernilé (Julie se fait appeler maman par Lamartine), la pensée de Dieu y est sans cesse l'nvoquée hors de propos, c'est de l'emphase démodée. Il y a dans la fougue même du sentiment qu'elles expriment quelque chose d'équivoque qui d(''Concerte. Mais nous sommes mauvais juges. Telle était Elvire, telle Lamartine l'aima. Kl, conune cet amour ne fut pas heureu.x, comme il fut tout de suite accompagné de crainles et d'angoisses, que remplacèrent bientôt des regrets poignants et des souvenirs désolés, il ouvrit en Lamartine toutes les soiu'ces de la sensibilité.

Ce n'es! pas quand il se trouve auprès d'elle — à Aix, en aoiitseplembre 1816, à Paris, de la lin de décembre 4816 à mai 4817 — qu'il écrit le plus de vers ; l'ode à M. de Honald, composée à Aix, une ode à Rocher, sur V Enthousiasme (achevée en 4849), une ode au poète portugais Manoél, sur la Gloire, c'est, à peu près tout. Mais il la quitte en mai, pour ne plus la revoir. En septembre, il va l'attendre à Ai.x, où elle devait faire

Page 1