Entendez : noyant les contours de leur cime dans l'azur
aa. Onde éthérée. La mer qui baigne le pied des monts fait pendant, pour l'œil du poète, au ciol qui baigne leur cime ; elle en a la couleur et la limpidité : aussi l'appclle-t-il éthérée. Au vers précédent, noyant était employé à propos du ciel par une transposition inverse.
23. Coteaux, par opposition à monts (v. 20). — Le mot cintre désigne au propre la courbure concave d'une voûte ; Lamartine l'emploie ici, par une extension hardie, pour peindre la courbure convexe des coteaux.
ilx. L'arbre de Minerve : l'olivier. — A demi : jusqu'à mi-hauteur.
26. Syrinx, nymphe d'Arcadie, qui, poursuivie par le dieu Pan, s'élança pour lui échapper dans les eaux du Ladon, affluent de l'Alphée ; le dieu, croyant la tenir, ne saisit que des roseaux (cf. Ovide, Métam., I, v. C89 et suiv.). Lamartine, modifiant la légende, semble croire qu'elle disparut dans la mer.
ag. An monvement... A mesure qiie le jour chasse l'ombre devant lui.
33. Le Pinde. V. XVIII, Bq. — Alphée. le principal fleuve du Péloponnèse (auj. Rouphia) ; il se jette dans la mer Ionienne.
104 PÈLERINAGE D UAROLD
Ces marais sont le Styx, ce gouffre est la Chimère 1
Et, touchés par les pieds de la muse d'Homère,
Ces bords où sont écrits vingt siècles éclatants,
Retentissant encor des pas lointains du temps, 4o
D'un poème scellé par la gloire et les âges
Semblent, à chaque pas, dérouler d'autres pages.
Le regard, que l'esprit ne peut plus rappeler.
Avec ses souvenirs cherche à les repeupler,
Et, frappé tour à tour de son deuil, de ses charmes, 45
Brille de leur éclat ou pleure de leurs larmes.
Tel, si, pendant le cours d'un songe dont l'erreur
Lui rappelle des traits consacrés dans son cœur.
Un fils, le sein gonflé d'une tendresse amère,
Dans un brillant lointain voit l'ombre de sa mère, 5o
Dévorant du regard ce fantôme chéri.
Il contemple en pleurant ce sein qui l'a nourri,
Ces bras qui l'ont porté, ces yeux dont la lumière
Fut le premier flambeau qui guida sa paupière,
87. Ces marais sonl le Slyx, ce gouffre est la Chimère. Imité de Byron : u Sombres, immenses, et s'agrandissant à mesure que la vue les parcourt, les Alpes de la Chimère [monts de Ciiimariot] s ctendeiit au loin, amphithéâtre volcanique au pied duquel une riciie vallée forme un riant tableau... Voilà le noir Achéron [auj. Kalauias], consacré jadis à la tombe. » (Har., II, i.i : le poète est en Albanie). Mais Lamartine a déformé son modèle : à l'Achéron il substitue le Styx (auj. Mavro-Nero, c'est-à-dire Eau-Noire), torrent d'Arcadle, à l'eau glaciale, dont le nom avait été donné par les anciens à 1 un des fleuves des Enfers ; en parlant de la Cliinièrc, il a en vue le monstre célèbre, qui fij:uralt syndioliqueraent les volcans. — Ilarold ne peut d'ailleurs apercevoir de la mer ni le Styx ni les monts de la Chimère.
/il. Scellé : marqué du double sceau de la gloire et de l'antiquité.
43. Le regard... l'esprit. Mémo op|)osition qu'aux vers 8 et i5. — Entendez que res[)ril suit malgré lui le regard dans sa contemplation et so prête à cette sorte de résurrection imaginaire d'un passé lointain : ses souvenirs servent à repeupler les lieux devant lesquels passe le voyageur. La phrase entière est très confuse, surtout à cause de l'entassement des possessifs (v. les notes suivantes).
44. Ses souvenirs se rapporte grammaticalement au regard, logiquement à l'esprit. — Les représente ces bords (v. S;)).
if). Son dfuil, ses charmes so rapportent grammaticalement au poème (v. /il), dont les pages sont tour à tour pleines do douleur et de grâce.
46. Leur éclat, leurs larmes se rapportent à la fois, pour le sens, aux lieux contemplés et aux souvenirs qu'ils évoquent. Entendez : brille d'un éclat et pleure (le larmes dont sont cause le spectacle de ces bords et les souvenirs qui s'y joignent.
54. (luida : dirigea, en l'attirant. V. IV, i8 (note). — Paupière: œil, regard. V. XIII, 54 (note).
Ces lèvres dont l'accent, si doux à répéter, 5i
Dicta les premiers sons qu'il tenta d'imiter.
Ce Iront qu'à ses baisers déi'obe un voile sombre ;
Et, lui tendant les bras, 11 n'embrasse qu'une ombre.