PÈLERINAGE D HAROLD
Cependant tu fus homme, on le sent à tes pleurs !
L n dieu n'eût pas si bien fait gémir nos douleurs ! lo
Il faut que l'immortel qui touche ainsi notre âme
Ail sucé la pitié dans le lait d'une femme.
Mais dans ces premiers jours, où d'un limon moins vieux
La nature enfantait des monstres ou des dieux,
Le ciel t'avait créé dans sa magnificence lâ
Comme un autre Océan, profond, sans rive, immense;
Sympathique miroir qui, dans son sein flottant,
Sans altérer l'azur de son flot inconstant,
Réfléchit tour à tour les grâces de ses rives,
Les bergers poursuivant les nymphes fugitives, ao
L'astre qui dort au ciel, le mât brisé qui fuit,
Le vol de la tempête aux ailes de la nuit,
Ou les traits serpentants de la foudre qui gronde.
Rasant sa verte écume et s'éteignant dans l'onde !
Cependant l'univers, de tes traces rempli, a5
T'accueillit, comme un dieu... par l'insulte et l'oubli !
On dit que, sur ces bords où règne ta mémoire,
Une lyre à la main tu mendiais ta gloire!...
Ta gloire ! Ah ! qu'ai-jc dit ? Ce céleste flambeau
Ne fut aussi pour toi que l'astre du tombeau ! 3o
Tes rivaux, triomphant des malheurs de la vie,
Plaçant entre elle et toi les ombres de l'envie.
10. Un dieu. Homère n'est pas plus un être surhumain, un m dieu n, qu'un personnage imaginaire.
17. 6jmpai/ii^ue • s'adaptant aux différents obiels dont il reçoit l'image, comme s'il avait avec chacun d'eux une égale affinité.
23. Aux ailes: porté par les ailes. Sorte de complément instrumental. — Sur l'image, cf. VIII, 3i (note).
27. On dit. Allusion aux légendes qui couraient dans l'antiquilc sur la misère du vieil aède, réduit.à mendier son pain par le monde, souvent mal reçu ou maltraité. L'Aveugle, d'André Chcnier, est le récit d'un épisode, d'ailleurs imaginaire, de cette existence errante.
3o. Manière un peu confuse de dire que la gloire d'Homère, méconnu de son vivant, ne commença, comme pour tant d'autres, qu'après sa mort.
3i. Tes rivaux. Ils avaient, disent les biographies antiques, pousse la jalousie jusqu'à lui dérober ccrtaiies de ses œuvres.
3a. Elle : la gloire.