‹ PoésieChapitre 119 sur 274 · HOMERE · texte numérisé non relu

HOMERE

Disputèrent encore à ton dernier regard ' L'éclat de ce soleil qui se lève si tard.

La pierre du cercueil ne sut pas t'en défendre ; Zl

Et, de ces vils serpents qui rongèrent ta cendre, Sont nés, pour dévorer les restes d'un grand nom, Pour souiller la vertu d'un éternel poison. Ces insectes impurs, ces ténébreux reptiles, Héritiers de la honte et du nom des Zoïles, im

Qui, pareils à ces vers par la tombe nourris. S'acharnent sur la gloire et vivent de mépris 1 C'est la loi du destin, c'est le sort de tout âge :. Tant qu'il brille ici-bas, tout astre a son nuage. Le bruit d'un nom fameux, de trop près entendu, 45

Ressemble aux sons heurtés de l'airain suspendu. Qui, répandant sa voix dans les airs qu'il éveille. Ébranle tout le temple et tourmente l'oreille. Mais qui, vibrant de loin, et d'échos en échos Roulant ses sons éteints dans les bois, sur les flots, 5o

Comme un céleste accent, dans la vague soupire, Dans l'oreille attentive avec mollesse expire, Attendrit la pensée, élève l'âme aux cieux. De ses accords sacrés charme l'homme pieux, Et, tandis que le son lentement s'évapore, 55

Au bruit qu'il n'entend plus le fait rêver encore.

33. Ton dernier regard. Métapliorique : Homère, d'après la tradition, était aveugle. Cf. XVII. 87.

3ii. Ces vils serpents : les critiques qui, dès l'antiquité, s'attaquèrent aux œuvres d'Houièro.

do. Zode, sophiste et grammairien du it« siècle ap. J.-C, célèbre pour sa manière étroite et acerbe de commenter les poèmes homériques. Son nom est devenu proverbial pour désigner un critique envieux et partial.

40. L'airain saspendii : la cloche. Cf. 1 airain pieux (XXIII, i8G) ; l'airain sonore (XXIX, 189).

5i-52. Soupire, cj-pire. V. II, i35-i36 (note).

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