‹ PoésieChapitre 126 sur 274 · HYMNE DU MATIN · texte numérisé non relu

HYMNE DU MATIN

Pour rorncment du saint lieu !

Le ciel de pleurs vous inonde,

L'œil du malin vous féconde,

Vous êtes l'encens du monde

Qu'il fait remonter à Dieu. jo

Vous qui des ouragans laissiez flotter l'empire Et dont l'ombre des nuits endormait le courroux, Sur l'onde qui gémit, sur l'herbe qui soupire,

Aquilons, autans, zépliyre,

Pourquoi vous éveillez-vous ? a5

Et vous qui reposez sous la feuillée obscure. Qui vous a réveillés dans vos nids de verdure i*

Oiseaux des ondes ou des bois.

Hôtes des sillons ou des loils,

Pourquoi confondez-vous vos voix 3o

Dans ce vague et confus nmrmure

Qui meurt et renaît à la fois

Comme un soupir de la nature ?

voix qui nagez dans le bleu firmament,

Voix qui roulez sur le flot écumant, 35

Voix qui volez sur les ailes du vent.

Chantres des airs que l'instinct seul éveille,

Joyeux concerts, léger gazouillement,

Plaintes, accords, tendre roucoulement,

Qui chantez-vous pendant que tout sommeille? io

La nuit a-t-elle une oreille

Digne de ce chœur charmant ?

i8. L'œil du matin. Cf. XIII, 53-54 (note).

20. // : le monde. — Par une fiction familière à son imagination, Lamartine se représente la nature entière comme plongée pendant la nuit dans un complet engourdissement : les vents se calment, les vagues de la mer s'aplanisseht, les feuillages cessent de s'agiter, les fleurs même cessent d'exhaler leurs parfums ; au matin, tout se ranime. Cf. XXVI, 4i et suiv,

ai. L'empire des ouragans: l'Océan.

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