‹ PoésieChapitre 162 sur 274 · MILLY OU LA TERRE NATALE · texte numérisé non relu

MILLY OU LA TERRE NATALE

Mais que, sous les rayons d'un ciel toujours d'airain,

La ciiralc assourdit de sou cri souterrain. 80

Il est dans ces déserts un toit rustique et sombre

Que la montagne seule abrite de son ombre,

Et dont les murs, battus par la pluie et les vents,

Portent leur âge écrit sous la mousse des ans.

Sur le seuil désuni de trois marches de pierre 85

Le hasard a planté les racines d'un lierre

Oui, redoublant cent fois ses nœuds entrelacés,

Cache l'aflront du temps sous ses bras élancés,

El, recourbant en arc sa volute rustique.

Fait le scid ornement du champclre portique. go

Un jardin qui descend au revers d'un coteau

Y présente au couchant son sable altéré d'eau ; La pierre sans ciment, que l'hiver a noircie, En borne tristement l'enceinte rétrécie ;

La terre, que la bêche ouvre à chaque saison, gâ

Y montre à nu son sein sans ombre et sans gazon ; Ni tapis émaillés, ni cintres de verdure,

Ni ruisseau sous des bois, ni fraîcheur, ni murmure;

?o. La cigale. Plus exactement, le grillon. Cf. XXXI, io.

81. Déserts. V. I, 34 (note). — Toit. V. XXIII. 167 (note). — « Ràlio dans les creux d'un large pli du vallon, dominée de toutes parts par le clocher, par les bâtiments rustiques ou par des arbres, adossée ù une assez haule montagne, ce n'est qu'en gravissant cette montagne et en se retournant qu'on voit en bas cette maison basse, mais massive, qui surgit, comme une grosse borne de pierre noirâtre, à l'extrémité d'un étroit jardin... Les murs n'en sont point crépis ; la pluie et la mousse ont donné aux pierres la teinte sombre et séculaire des vieux cloîtres d'abbaye. » (Confid., IV, ivj.

86. Le hasard, non, mais le caprice du poète, qui en fait l'aveu dans son Commentaire : « (Ma mère) vit que j'avais parlé d'un lierre qui tapissait, au nord, le mur humide et froid de la maison. C'était une erreur, le lierre n'existait pas; il n'y avait que de la mousse, des vignes vierges, des pariétaires. Ma mère, qui était la sincérité jusqu'au scrupulo (-iV), souffrit de ce petit mensonge poétique. Elle ne voulut pas que son Hîs eût menti, même pour donner une couleur de plus à un tableau imaginaire ; elle planta de gos propres mains un lierre à l'endroit où il manquait... En peu d'années, il habilla complètement le mur. »

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