‹ PoésieChapitre 163 sur 274 · Bois, pour bosquets · texte numérisé non relu

Bois, pour bosquets

iHi HARMONIES POÉTIQUES ET RELIGIEUSES

Seulement sept tilleuls par le soc oubliés,

Protégeant un peu d'herbe étendue à leurs pieds, loo

Y versent dans l'aulouine une ombre tiède et rare,

D'autant plus douce au front sous un ciel plus avare;

Arbres dont le sommeil et des songes si beaux

Dans mon heureuse enfance habitaient les rameaux!

Dans le champêtre enclos qui soupire après l'onde, io5

Ln puits dans le rocher cache son eau profonde,

Où le vieillard qui puise, après de longs efforts,

Dépose en gémissant son urne sur les bords ;

Une aire où le fléau sur l'argile étendue

Bat à coups cadencés la gerbe répandue, no

Où la blanche colombe et l'humble passereau

Se disputent l'épi qu'oublia le râteau;

Et sur la terre épars des instruments rustiques,

Des jougs rompus, des chars dormant sous les portiques,

Des essieux dont l'ornière a brisé les rayons, ii5

Et des socs émoussés qu'ont usés les sillons.

Rien n'y console l'œil de sa prison stérile,

Ni les dômes dorés d'une superbe ville,

Ni le chemin poudreux, ni le llcuvc lointain,

Ni les toits blanchissants aux clartés du matin : uo

Seulement, répandus de dislance en distance,

De sauvages abris qu'habite l'indigence.

Le long d'étroits sentiers en désordre semés,

Montrent leur toit de chaume et leurs murs enfumés,

lo.'i. Entendez : sous les rameaux desquels j'ai souvent dormi ol fait de beaux songes dans mon enfance.

106. Profonde. Ëqui^aut à tm adverbe : profondément. — Lo poMe embellit: ce puiU était une simple citerne recueillant les eaux de pluie (C'on/ïJ., IV, y).

Page 1