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L'aire : la cour

PROI.Or.UE 479

Un mouveincnt léger, convulsil", continu, bb

Traliissait le sanglot dans son sein retenu ;

Jo devinai la mort à ce muet emblème :

La servanU" [jleurait le vieux maître qu'elle aime.

« Marlhe ! dis-je, est-il vrai ?... » Se levant à ma voix

Et s'essuyant les yeux du revers de ses doigts : 60

« Trop vrai ! montez, monsieur, on peut le voir encore,

On ne doit l'enlerrer que demain à l'aurore ;

Sa pauvre âme du moins s'en ira jilus en paix

Si vous l'accompagnez de vos derniers souhaits.

Il a parlé de vous ius([u'à sa dernière heure : €5

« Marthe, me disait-il, si Dieu veut que je meure,

« Dis-lui cpie son ami lui laisse tout son bien

« Pour avoir soin de toi, des oiseaux et du cliien. »

Son bien ! n'en point garder était toute sa gloire ;

Il ne remplirait pas le rayon d'une armoire. 70

Le peu qui lui restait a passé sou par sou

En linge, en aliments, ici, là. Dieu sait où.

Tout le temps qu'a duré la grande maladie.

Il leur a tout donné, monsieur, jusqu'à sa vie ;

Car c'est en confessant, jour et nuit, tel et tel, 75

Qu'il a gagné la mort. — Oui, lui dis-je, et le ciel ! »

!io-5D. Une figure... sa fignre. Négligence. Cf. une répétition du même gL'iire XXX, 23, 2p).

57. Emblème. Plus expressif que le mot propre, indice, témoignage.

5g. La servante de l'abbé Dûment qui a servi de modèle à Marthe s'appelait en réalité Geneviève. V. Geneviève, Itisloire d'une servante, I.

73. La grande maladie. L'épidémie, décrite à la fin de la « neuvième époque ». — Lamartine a songé à l'épidémie de choléra de i83i-i832 (cf. la note suivante), au cours de laquelle mourut l'abbé Dumont.

76. « Je passai quelques jours au presbytère de Bussières, après la mort et la sépulture de l'abbé Dumont, que j'ai nommé Jocelyn dans mes vers. J'avais à y remplir les devoirs bien tristes, mais bien faciles, d'exécuteur testamentaire, et morne d'héritier, car le mourant m'avait chargé de payer ses petites dettes sur la terre pendant qu'il irait ep recevoir l'intérêt au ciel. Elles avaient toutes clé contractées pendant l'année de l'épidémie et de la disette pour acheter des médicaments chez les pharmaciens et du riz et du sucre chez les épiciers de la petite ville voisine, pour les malades. Mais il y avait un inventaire à dresser, des livres à trier, des papiers à parcourir, quelques pauvres meubles à vendre ou à distribuer, la servante, le chien, l'oiseau à recueillir, la maison enfin et le jardin à mettre en ordre et en culture, afin que tout présentât un air de décence, de soin et de propreté aux yeux du vicaire qui viendrait occuper la place... » (Geneviève, II).

iSO JOCELYN

Et je montai. La cliambrc t'tait désoilc et sombre ; Deux cierges seulciueiit en éclaiicissaient I onilirc, Et mêlaient sur son Iront leurs funèbres rellcis Aux rayons d'or du soir qui perçaient les volets, Comme luttent entre eux, dans la sainte agonie, L'inunorlcUe espérance et la nuit de la vie.

Sur une indicalion de Marllio, l'ami de Joco]yn di'couvro dans Ip grenier du prcsljylère les déi)ris d'un journal écrit do la main ilu curé. 11 a mis on ordre ces jiagos éparses ; ce sont elles qu'il publie, « recousues », mais pleines de lacunes. j

PUEMIËUE ÉPOQUE

LA VOCATIO\ DE JOCELYS

Jocclyn a seize ans. Il se sent joyeusement troublé par les premiers pressentiments de l'amour, lorsqu'il découvre que sa sœur va èiro obligée de renoncer à épouser celui qu'elle aime: sa part de leur modeste patrimoine serait une dot insutrisanle. Bouleversé par celliidée, Jocelyn prend la résolution de se sacrifier au boniieur de sa sœur.

i8 mai 17SO.

Voilà ce que j'ai dit h ma mère aujourd'hui :

« Je sens que Dieu me presse et qu'il m'appelle à lui.

La tendre piété, la foi vive et profonde,

Cette divine soif des biens d'un meilleur monde,

Dont vous me nourrissiez, enfant, sur vos genoux, ^

Porte aujourd'hui son fruit, pcul-èlre amer pour vous,

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