‹ PoésieChapitre 20 sur 274 · XXVIII LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

XXVIII LAMARTINE : OEUVRES CHOISIES

bien éloigné de la religiosité docile do soif^enfance, assez distant de la foi orthodoxe. La foi véritable soumet la raison au miracle des révélations surnaturelles ; pour Lamartine, c'est la raison qui crée la croyance. C'est en ce sens (ju'il peul qualifier la Prière d' « hymne de l'adoration rationnelle » ;

El celui qui, du sein de sa gloire infinie,

Des sphères qu'il ordonne écoule l'harmonie,

Ecoute aussi la voix de mon humble raison.

Qui contemple sa gloire et murmure son nom

La mort m'entoure en vain de ses voiles funèbres, Ma raison voit le jour à travers ces ténèbres.

L'épi tre à Byron sur l Homme dit la môme chose, plus nettement encore. Le poète a vu le mal et la douleur-répandus dans l'univers, il a douté et blasphémé :

Mais, un jour que, plongé dans ma propre infortune.

J'avais lassé le ciel d'une plainte importune,

Une clarté d'en haut dans mon sein descendit,

Me tenta de bénir ce que j'avais maudit;

Et, cédant sans combattre au souffle qui m'inspire,

L'hymne de la raison s'élança de ma lyre.

Kst-ce faire tort à Lamartine que de monhnr en lui aiilre chose qu'un poète tout de sentiment et d'ciriision, de signaler ce (pi'il gardait de bon sens jusque dans les heures troublées des passions, de marquer la part de la raison virile dans son enthousiasme religieux? C'était un homme robuste et un esprit vigoureu.K ; il avait, à trente ans, passé l'âge des soupirs. Si les Méditations sont un adieu à sa trop longue adolesceni'c, il n'est pas malaisé d'y saisir aussi tous les éléments d'une vie morale louchant à la maturité.

« La {)oésie n'a été pour moi que ce qu'est la prière, le plus beau et le plus intense des actes de la pensée, mais le plus court, et celui qui dérobe le moins de lemps au travail du jour. » De ces lignes, écrites par Lamartine en 1838, dans la lettre-préface des Recueillements, on peut rapprocher un passage de la préface de 48iy des Méditations : « La poésie ne m'a jamais [)Ossédé tout entier. Je ne lui ai donné dans mon àme et dans ma vie seulement que la place que l'homme donne au chant dans sajournce : des moments le matin, des moments le soir, avant et après le travail sérieux et quotidien. » Sans doute, à cette date, Lamartine mettait ({uelque coquetterie à diminuer, dans l'image qu'il présentait de lui aux lecteurs, la part des

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préoccupations poétiques pour faire plus large celle de la politique ; ces quelques lignes expriment pourtant avec force et vérité sa conception des rapports de la poésie et delà vie réelle. Jamais poète ne fut moins « honitne de lettres », ne se prêla plus généreusement aux alTections, aux travaux, aux devoirs de l'existence ordinaire. Le monde poétique ne se séparait pas à ses yeux du monde réel; au lendemain même du succès des Méditations, la pensée ne lui vint pas de se consacrer tout entier et exclusivement à Tart. On peut le regretter, car il n'a rien laissé de parfaitement achevé ; mais à cela tient peut-être en partie la supériorité de son génie si profondément humain, si éloigné de tout pédanlisme. Le poète qui écrivait et qui pensait: « Le premier devoir, c'est de vivre et de faire vivre le plus heureux possible ce qui nous entoure ' « mérite qu'on ne lui applique pas à la rigueur les règles de la critique littéraire, et qu'en regard de ses défaillances d'artiste on place, pour l'estimer à peu près sans réserve, la noble simplicité de son caractère.

Désigné depuis le 2 mars pour un poste d'attaché d'ambassade à Naples, Lamartine reçut le 24 sa nomination oflicielle. Il é|)ousa dans les premiers jours de juin miss Maria-Annai'^liza Fîirch, jeune Anglaise dont il avait fait la connaissance ou Savoie, l'été précédent. Des obstacles de fortune, de religion (elle était protestante et se convertit au catholicisme l)eu de temps avant son mariage), le refus de Mme Birch, avaient retardé leur union. La jeune femme apportait à son mari un caractère sérreux, une ferme intelligence, un dévouement à toute épreuve, qui ne se démentit ni dans les deuils ni dans la pauvreté,

Lamartine ne passa alors qu'une année en Italie (juin 1820juin 1821). H retrouvait, heureux et célèbre, ces régions qu'il avait parcourues dix ans plus tôt dans toutes les inquiétudes de la première jeunesse. Une poésie nouvelle, née 'de la plénitude de l'àme, s'épanouissait en lui, non sans hésitation et sans arrêts. Sa corre§|)ondance est remplie de ces alternatives : « Des vers? Je n'en fais plus, je n'en peux plus faire.... Je sens l'évaporation insensible de l'esprit poétique, je le pleure, je l'invoque, je viens même de lui faire mes adieux.... » Et un mois après, illuminé par « un rayon d'en haut », il conçoit l'idée du vaste poème sur la destinée de l'homme dont Jocelyn, la Chute d'un Ange, les fragments ébauchés des Chevaliers, des Pêcheurs et de VOuvrieme seront que des épisodes.

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