‹ PoésieChapitre 21 sur 274 · I. Lettre à Jlme de Raijjecourt, du i5 octobre iSai · texte numérisé non relu

I. Lettre à Jlme de Raijjecourt, du i5 octobre iSai

X\T LAMAini.NL . ŒUVRES CHOISIES

" INotre àme, érril-il à, \'irieu, a, comme lOcéan, son (lux ut son reflux. Il faut suivre, sans s'en embarrasser, celle éternelle lui de la nature. » Tel sera désormais, si l'on peut h't'x- 3i'imer ainsi, lo rylhnje de sa vie inlérieure, et, pour qui veut le ''onnaitre tout entier, les moments de silence sont aussi importants que les moments de production, qu'ils précèdent et qu'ils expliquent.

il vécut eu France quatre années, de juin 48-21 à octobre 1825, occupé surtout à embellir sa nouvelle résidence de Saint- Point' et à cultiver ses terres. Puis, nommé secrétaire d'ambassade à Florence, il repart pour l'Italie, où il fait celte fois uu séjour de trois ans (oclobie i8-25-aoiit IS-2S). Après quoi, il n'y retourne plus. D'un côté on le presse d'aborder la pcdilique; de l'autre, il attend un poste de di|)lomate à Londres ou à r.onstantinople. La lîévolution de 1830 le surprend au miliru de ces incertitudes.

A Rome, un fils lui était né (février 18'21), puis une fille (mai 1822). Viiieu se marie en août 1822, et Lamartine prend plaisir à voir se dérouler le cours égal et parallèle de leurs deux existences. Mais bientôt les deuils l'accablent; il perd son fils en décembre 1822: deux de ses sœurs, Mme de \ ignet et Mme de Montherot, meurent en 1824; on novembre 1829, sa mère, qu'il adorait, lui est enlevée par un cruel accident. Toutes ces tristesses retentissaient en lui profondément. D'ailleurs, une fois passée la période de joie cl d'oHiisions paisibles qui avait suivi son mariage, Ihabitude, un vague désenchantement, puis la résignation et l'ennui se substituaient insensiblement |)our lui au bonheur. « J'ai la mélancolie de la première jeunesse, éciit-il à V'irieu en 1827, et je n'ai plus cette vague espérance qui aide à la su[)porter ; je vis enfin connue toi. je suis les tristes |)hases de l'existence f|ui vont toujours en se rembrunissant'-*. » (Test le passage, difficile, lent, si souvent accidenté, de la jeunesse à la maturité. La pensée du poète s'assou)brit momentanément ; mais elle sortira de ces nuages plus sereine, plus brillante que jamais.

La politique, à laquelle il était resté entièrement étranger jusqu'alors, commence à le préoccuper. Son métier de diplomate, qu'il exerce avec goût et habileté, lui apprend à nnieux

1. Le chàlciu (le Snint-Point, que Lamarline avait reçu fie sa famille au moment de son mariage, n'est qu'à deux ou trois limes di- Millv.

2. Cf. lettre à Virii'u du lo février i83o : « One no fus plus dégoùlé d'une vie inutilement reniucc. »

INTRODUCTION XWl

connaître et à mieux juger les hommes et, en lui révélant bien des intrigues, éveille en luil'idée et commelesentimentdecette « haute polili(|ue », « Irèsau-dessusde nos petits intérêts particuliers, » dont la « bonté » et le a bon sens » sont les éléments', et qu'il devait quelques années plus tard essayer de mettre en pratique. A son retour en France, il pénètre avec une singulière clairvoyance les menées des partis, et prévoit, et prédit bientôt la chute de Charles X et la révolution probable-. Mais, tout en l'intéressant, la politique ne l'attire pas encore, peutêtre parce qu'il sent qu'il n'y a, à l'heure présente, rien à faire qu'à laisser faire. Et puis, la poésie est encore la plus forte.

En matière de littérature et d'art, ses idées se modifient d'ailleurs et se précisent, sans être pour cela faciles à définir. Les Méditations avaient puissamment contribué à donner le branle au mouvement romantique, mais Lamartine reste à part de ce mouvement né de lui. Sa première rencontre avec Victor Hugo encore enfant et l'amitié sincère qui se noua entre eux, la visite que firent à Saint-Point Hugo et Nodier en août 1825, les lettres même échangées entre les deux poètes de 1823 à 1826 ne suffisent pas à déterminer avec exactitude les rapports de Lamartine avec le romantisme naissant. 11 parait s'en être un pou méfié, comme un aine qui regarde avec complaisance, mais sans y prendre part lui-même, les plaisirs et les travaux de la jeunesse. 11 voulait bien donner de l'argent à la Muse franraise, mais non y collaborer; il la jugeait assez sévèrement, et elle le lui rendait, à l'occasion. A vrai dire, à mesure que l'art devenait en lui moins spontané et plus conscient, il ne dédaignait pas de faire çà et là quelques concessions au goût du jour-^ Si son long séjour en Italie l'avait éloigné des cénacles, au retour il se met au courant, et bientôt tente, d'après ce qu'il a « vu et entendu à Paris », de se faire « un nouveau style, moins pompeux, moins solennel* ». Pourtant toute la partie factice du romantisme, recherche du pittoresque, « affectation de costume et de style », ne cesse de

1. Cf. lettres à Mme de Raigecourt, du 27 juillet; à Mme de Lamartine, du 18 octobre; à Virieu, du 21 novembre 1S28.

2. « Je crois maintenant à la possibilité d'une révolution qui emporte la dynastie, je n'y croyais pas hier. » (Lettre à Yirieu, du iG août 1829). Cl', lettres au même, du i5 et du 22 septembre.

3. Cl", lettre â Virieu, du G août 1828 : « Je vais faire ou refaire César en romantique pour m'amiiser cet automne. »

à. Lettre à Yirieu, du i"'" août 1S29 : « Ne t'alarme pas, ajoute-t-il, ce n'est pas du romantisme à la Hugo, c'est quelque chose de plus intime, de plus vrai, de plus dénué d'affectation de costume et de style. »

XXXII LAMARTINE : ()IÎL\Ki:s CHOISIES

lui paraître vaine el i)uérile; sa philosopliie, trop désolée. Les drames romantiques achovèriMil de le rebuter'. En somme, ce novalf'iir avait ses mailres dans le passé. Saut Hyron, dont l'influence sur lui l'ut prolonde, mais passai^a-re. c'est aux classiques, d'Horace à Voltaire, et tout au plus aux pré-romantiques, comme Rousseau et Ossian (en (pii il vil toujours un ancien), que vont encore ses préférences.

La Mort de Socrate, les Nouvelles Méditations, le Dernier Chant du pèlerinar/e d'Harold donnèrent une voix à ces années où Lamartine complète son expérience de la vie; les Harmonies en sont le couronnement et le chef-d'œuvre.

« En ce moment je fais une chose que je méditais depuis six ans : un chant sur la mort de notre ami Socrate, » écrit Lamartine à Virieu le 15 février 1823. Ce chant était une imitation, très libre, du Phèdon. Platon était alors à la mode ; mais il n'est que juste de remai'(|uer que Lamartine l'avait connu et aimé avant qu'il fût à la mode. Aperçue peut-être et devinée à travers Pétrarque, plus j)leinement découverte et plus clairement saisie dans ses entretiens avec son ami Fréminville, la haute poésie de la doctrine platonicienne l'avait dès longtemps séduit. L'optimisme généreux, la morale grave et douce, les rêveries métaphysiques de cette doctrine si riche d'idéal convenaient tout à fait à son cœur. En même temps, le platonisme, tempéré de raison jusque dans ses spéculations les plus liardies et ses fantaisies les plus libres, avait pu l'aidera se maintenir dans les voies du spiritualisme, alors que fléchissaient en lui les croyances proprement dites : la Mort de Socrate est l'hommage reconnaissant d'un disciple au maître qui l'a éclairé et guidé dans des heures de trouble et d'incertitude. Nous avons déjà indiqué l'importance à cet égard de la Mort de Socrate, qui marque une étape de la pensée du poète. Si Lamartine, au lieu de s'en tenir au déisme presque voltairien des jVéc/ztoi/ons, s'éleva bientôt à cette large et enthousiaste et indéfinissable ferveur religieuse qui anime les Harmonien, nul dout<' (pi'il n'en soit en partie redevable à la fréquentation et à l'inlluence de Platon. Est-il besoin d'ajouter (\mi le disciple n'a pas toujours entendu ou rendu la pensée du maître '! A côté de (|uelques passages qui sont une traduction pure et simple de; Platon, il serait aisé de relever nombre d'inexactitudes, d'infidélités et de contreseus. La pen-

t. Gl'. Icllic à Virieu, ilc juillet i83o.

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