‹ PoésieChapitre 206 sur 274 · Martyre. Licence, pour martyr · texte numérisé non relu

Martyre. Licence, pour martyr

LORDLNATION 201

Au pied des échafauds où périssaient ses frères

Sacrifiait au dieu des femmes étrangères,

Pensant sous quels débris des temples du Seigneur

Il cacherait sa couche avec son déshonneur ! iSo

— 0 mon père, pitié ! Quel nîot osez-vous dire? Le ciel sait si mon cœur a tremblé du martyre ; Il sait si j'hésitai, pour arriver à vous. D'affronter cette mort dont je serais jaloux ;

Mais ébloui de zèle, et moins homme qu'apôtre, iSJ

Vous ne jugez, hélas ! nos cœurs que par le vôtre ;

\ous croyez que mon cœur de l'amour triomphant

N'arracherait qu'un rêve au sein de cet enfant;

Que le sien m'oublierait; que je pourrais moi-même

Rapporter aux autels tout l'amour dont je l'aime; 190

Absous par votre main d'un parjure innocent,

Noyer son souvenir dans des pleurs ou du sang;

Que cette affection au cœur enracinée,

Cette existence à deux, ce rêve d'une année.

Ce rayon qui nous fît ensemble épanouir, 195

Comme un rêve d'un soir pourrait s'évanouir?

Connaissez mieux l'amour de Ihomme et de la femme :

Il joint leur double vie en une seule trame ;

Il survivrait coupable, à la honte, au remord,

Plus vivant que la vie et plus fort que la mort. 200

— Silence! cria-t-il ; vous profanez cette heure, Ces moments tout au ciel, ces fers, cette demeure, Où du Dieu trois fois pur un indigne martyr N'eût jamais entendu de tels mots retentir.

178. Au dieu des femmes étrangères. Tel Salomoa, qui, dans sa vieillesse, se laissa aller, par amour pour ses femmes, à trahir le Dieu d'Israël et à honorer les idoles des autres nations. (^Rois, I, 11).

Page 1