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AJin de le connaître : afin que l'univers le connût

FRAGMENT DU LIVRE PRIMITIF 2o3

A'crs celui dont le monde est l'émanation

I (Kit l'univers créé n'est qu'aspiration !

I /éternel mouvement qui réi,nt la nature

N'est rien que cet élan de toute créature

Pour conformer son être à l'éternel dessein, 4?

El s'abîmer toujours plus avant dans son sein !

Le murmure vivant de la nature entière

N'est que l'écho confus d'une immense prière :

De la mer qui mugit aux sources du vallon

Tout exhale un soupir, tout balbutie un nom ; 5o

Ce cri, qui dans le ciel d'astre en astre circule,

Tout l'épelle ici-bas, l'homme seul l'articule.

L'Océan a sa masse et l'astre a sa splendeur ;

L'homme est l'être qui prie, et c'est là sa grandeur I

« Il est, parmi les fds les plus doux de la femme, 55

Des hommes dont les sens obscurcissent moins l'âme,

Dont le cœur est mobile et profond comme l'eau.

Dont le moindre contact fait frissonner la peau.

Dont la pensée, en proie à de sacrés délires,

S'ébranle au doigt divin, chante comme des lyres, 6.

Mélodieux échos semés dans l'univers

Pour comprendre sa langue et noter ses concerts

4S. Cf. l'Hymne du malin (ci-dessus, XXIII).

Go. Att doigt divin. Ci". XIV', v. 85 et suivants. — Des lyres. Le pluriel, inattendu, se justiHe logiquement.

a6. Noter: exprimer par des notes, traduire en musique, en poésie.

Sio4 LA CllLiË D UN AM.E

C'est dfans leur transparente et limpide pensée

Que l'image infinie est le mieux retracée

Et que la vaste idée où l'Eternel se peint 65

D'ineffables couleurs s'illumine et se teint !

Ceux-là, fuyant la foule et cherchant les retraites,

Ont avec le désert des amitiés secrètes ;

Sur les grèves des flots en égarant leurs pas,

Ils entendent des voix que nous n'entendons pas : 70

Ils savent ce que dit l'étoile dans sa course,

jua foudre au firmament, le rocher à la source,

La vague au sable d'or qui semble l'assoupir,

Le bulbul à l'aurore et le cœur au soupir.

Les cornes des béliers rayonnent sur leurs têtes. 75

Écoutez-les prier, car ils sont vos prophètes :

Sur l'écorce, ou la pierre, ou l'airain, écrivez

Leurs hymnes les plus saints pour l'avenir gravés ;

Chargez-en des enfants la mémoire fragile,

Comme d'un vase neuf on parfume l'argile ; So

Et que le jour qui meurt dise aux jours remontants

Le cri de tous les jours, la voix de tous les temps !

C'est ainsi que de Dieu l'invisible statue.

De force et de grandeur et d'amour revêtue

Par tous ces ouvriers dont l'esprit est la main, 85

Grandira d'âge en âge aux yeux du genre humain,

Et que la terre, enfin, dans son divin langage,

De pensée en pensée achèvera l'image !

« Mais si quelqu'un de ceux que vous écouterez

Prétend vous éblouir de prodiges sacrés ; 90

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