FRAGMENT DU LIVRE PRIMITIF
Afin que sa vertu ne dorme pas oisive, Mais qu'elle aime à son tour la main qui la cultive, i que l'arbre croissant pour la postérité ,,5
i-^e aux petits enfants l'amour qui l'a planté!
« Croissez et pullulez comme des grains de sable,
Sans crainte d'épuiser sa source intarissable,
Ni que ces mamelons, par vous multipliés
Tarissent sous vos mains ou manquent sous vos pieds ; i3o
Car celui dont le doigt compte ses créatures
Sait le nombre d'épis dans vos gerbes futures ;
Il sait combien de lait la mamelle contient :
Plus on presse le sein, enfants, plus il en vient.
Par un inconcevable et maternel mystère, i35
L'homme en la fatiguant fertilise la terre ;
Nulle bouche ne sent sa tendresse tarir:
Tout ce qu'elle a porté, son flanc peut le nourrir
En êtres animés transformer sa substance
Semble l'unique fin de sa sainte existence, i4o
Et Dieu seul sait quel jour elle s'arrêtera ;
Et jusqu'alors toujours elle se hâtera.
ia3. Sa verta : sa. vertu moralisatrice. Comme l'expliquent les vers suivants, la propriété individuelle et familiale est, dans ces temps primitifs, un élément de progrès moral.
127. Croissez et pullulez. C'est le « Croissez et multipliez » de Dieu à Noé et à ses fils (^Genèse, IX, i). Quant à la comparaison avec les grains de salle, elle se trouve dans les promesses de Dieu à Abraham : « Je i'erai que ta postérité sera comme la poussière de la terre ; que si quelqu'un peut compter la poussière de la terre, il comptera aussi ta postérité. » (Id., XIII, 16).