L'EXPIATION
Cédar et Daïdha goûtent auprès de l'ermite une félicité sans mélange. Mais ce bonheur ne dure pas. Un soir, un « navire céleste », véritable ballon dirigeable, atterrit devant la caverne. Des géants en sortent, s'emparent du vieillard, le mettent à mort après un affreux supplice, emportent Cédar, Daïdha et leurs enfants à travers les airs.
Ces géants sont des habitants de Babel, la cité monstrueuse et impie. Ils se sont vengés d'Adonaï, qui refusait de les adorer comme des dieux et répandait parmi le peuple qu'ils oppriment les saintes paroles du Livre primitif. Le « char ailé » les ramène à Babel. Là, Cédar et Daïdha traînent, sépares l'un de l'autre, une douloureuse captivité.
Cependant, après diverses péripéties, Cédar est délivré par la jeune reine de Babel, Lakmi, qui s'est éprise de lui. 11 soulève contre les géants, au nom du Dieu d'Adonaï, le peuple qui jusqu'alors subissait passivement leur joug, et extermine dans une scène sanglante presque toute la race impie.
L'un de ceux qu'il a épargnés, Stagyr, qui se dit originaire de Mésopotamie, s'offre perGdemcnt à guider Cédar et Daïdha vers ce pays, oîi ils trouveront un peuple adorateur du vrai Dieu. Ils Je suivent. Mais Stagyr les abandonne au milieu du désert, oià ils n'ont plus qu'à mourir.
Les étoiles du ciel commençaient de jaillir, La nuit dons ses terreurs vint les ensevelir ; D'une étreinte mortelle, assis, ils s'embrassèrent, Gomme deux naufragés, et muets s'alTaissèrent.
LEXPIATION 20
i\ul n'osait de sa voix faire entendre le son ; 5
Leurs cœurs ne se parlaient que par leur seul frisson :
En proférant le mot qu'il eût fallu répondre,
Ils craignaient de sentir tout leur courage fondre ;
Chacun d'eux dévorait ce que l'autre pensait.
Des enfants sur leurs bras le cri s'affaiblissait, lo
Leur cœur les réchauffait entre leurs deux poitrines ;
A peine entendait-on le vent de leurs narines ;
Comme la poule encor couve mort son poussin,
La mère réchauffait ces deux corps dans son sein.
Oh ! durant cette longue et suprême insomnie, i5
Combien le sable but de gouttes d'agonie !
La brise du matin les rafraîchit un peu,
Le soleil nu monta comme un charbon de feu ;
L'aube, qui se jouait splendide sur leur tête.
Teignit le firmament de sa couleur de fête. io
Cette gaieté seinblait une insulte des cieux.
Pour y chercher secours, ils levèrent leurs yeux:
Une cigogne, seule, à l'aile diaprée,
Sans doute, hélas ! aussi de sa route égarée.
Comme une longue flèche à la fin de son vol, a5
Fendait l'air résonnant à quelques pieds du sol,
Dans ses deux pattes d'or emportant avec elle
Un de ses chers petits à l'ombre sous son aile.
L'oiseau, comme étonné de l'aspect des humains.
S'approcha d'eux ; Cédar éleva les deux mains 3o
Comme pour arrêter cet ami dans sa course,
Et conjurer l'oiseau de lui montrer la source.
Le fort vent ,de son vol effleura ses cheveux ;
Mais l'oiseau s'éloigna sans entendre ses vœux
Ils suivirent longtemps de colline en colline 35
Son vol bas, jusqu'au bord où l'horizon décline,
Et marchèrent plus seuls quand l'oiseau disparut.
Le matin de ce jour, un des jumeaux mourut ;