‹ PoésieChapitre 248 sur 274 · Nul : ni l'un ni l'autre · texte numérisé non relu

Nul : ni l'un ni l'autre

9. Dévorait. Chacun deux, comprenant ce que l'autre pensait, le sardail pour soi au lieu d'y répondre.

18. De fea. Équivaut à un adjectif: ardent, embrasé. V. VI, 49 (notç).

L'autre mourut le soir. Faux sourires de joie

Qui finit en sanglot et qu'une larme noie ! 4o

Cédar n'entendit pas mourir leurs souffles sourds :

Seulement il sentit leurs corps froids et plus lourds,

Et leurs têtes, pendant du bras qui les supporte,

Baltirent sur son cœur comme une chose morte.

Son œil pétrifié sans pleurs les regarda, 65

Et, de son bras droit libre enlaçant Daïdha,

Il s'enfuit emportant ses fils morts et sa femme.

Comme un spectre emportant les trois parts de son âme,

Ou comme la victime échappée au boucher

Qui traîne dans son sang les lambeau^ de sa chair. 5o

Il courut au'hasard jusqu'au bout de sa laisse,

Tant que les nerfs tendus trompèrent sa faiblesse.

Ces pas pressés, ce poids, ce fougueux mouvement,

De ses maux à son âme étaient le sentiment.

Quand son pied s'arrêta, ses forces succombèrent ; 55

Sur lui, de tout leur poids, ses fardeaux retombèrent ;

Daïdha, de son sein, sur le sable glissa ;

Ses enfants sur son cœur, lui-même il s'affaissa.

Précurseur de la mort, dont il était l'image,

Le sommeil sur ses yeux répandit son nuage, 6o

Et, de songes trompeurs abusant sa raison,

De ruisseaux et de lacs inondait l'horizon.

Quand il se réveilla de cette léthargie,

Le matin à ses sens rendit quelque énergie ;

La nature lutta, plus forte que la mort ; 65

Son œil crut du désert apercevoir le bord :

« Oh ! lève-toi, dit-il, si ton cœur bat encore ;

Je vois les hauts palmiers tout noyés dans l'aurore !

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