‹ PoésieChapitre 25 sur 274 · XXX.VIII LAMARTINE : ŒUVRES CHOI>IES · texte numérisé non relu

XXX.VIII LAMARTINE : ŒUVRES CHOI>IES

déterminer quel changement, quel progrès définitif elles marquent dans son art, tant au point de vue de l'expression que de l'invention poétique.

Si les Méditations sont filles de Milly, on sent que les Harmonies se sont épanouies à la splendeur du soleil méridional. Au liçu de paysages modestes, auxquels les sentiments dont on les imprègne donnent seuls leur prix, ce que le poète déploie à nos yeux, c'est la mer et ses rivages, ce sont les montagnes, "les bouquets de pins frémissant au vent du large, les nuits tièdes et dorées des pays chauds. Le « vallon « plein d'ombre où jadis, avec tant de douceur, seiit'ermait sa rêverie, même l'horizon plus vaste et plu» libre qu'il découvrait du haut des coteaux de Milly sont des cadres désormais trop étroits pour son imagiiialion avide d'espace, dechalcur otde lumière. Comparez risolement aux larges tableaux des Harmonies, le contraste est frappant. La colline, l'arbre et le fleuve, un lac à demi noyé dans les brumes, la plaine où se perdent les regards, voilà ce qui,di.\ ans plus tôt, représentait pour Lamartine l'immensité. De temps en temps, le. souvenir des années d'enfance, la pensée des êtres chers qu'il y a laissés le ramènent encore, avec une sorte de repentir, à ces lieu.x sans vraie beauté; mais son imagination d'artiste s'est créé une autre patrie. La montagne et la nieront exercé sur lui leur séduction', la mer surtout, qui est, écrira-t-il bientôt, « aux scènes de la nature ce que l'œil est à un beau visage; elle les éclaire, elle leur donne ce rayonnement, cette physionomie qui les fait vivre, parler, enchanter, fasciner le regard qui les contemple ^ ». 11 ne con(;oit plus un paysage complet sans le miroir et le reflet des eaux. Tantôt la mer n'est qu'au fond du tableau, lumineuse et infinie, accueillante aux songes; tantôt elle est à elle seule tout le tableau, frissonnante à l'éveil du jour, inquiète au déclin de la lumière '■'. La brise marine et le mouvement des vagues remplissent les Harmonies de leur murmure. Lamartine rêvait d'un épisode des Pécheurs, qu'il a, dit-il, écrit en partie et perdu; et peut-être èlail-il seul capable de donner ce qu'il a appelé quelque part « l'églogue marine », poème du rivage et du flot, aussi touchant et aussi aimable que l'églogue rustique d'un Virgile.

I. Les !\'9uvel!es Mcdilalions conlen.iicnt rléjà uno forl belle pièce, La Solitude, inspirée par le spectacle des Alpes. a. Vtyage en Orient, t. 1, p. 33.

3, Voir, dans nos extraits, Vllymne du matin et L'Occident.

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