‹ PoésieChapitre 26 sur 274 · INTRODUCTION XXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXIX

D'ailleurs, pas plus ici que dans les Méditations, on ne rencontre une description propieiiieul dilc, minutieuse ou seulement, coiil'ornie à une réalité précise. Lamarliiie, jusqu'à présent, avait considéré la nature, si l'on peut parler ainsi, du point de vue de l'amour, l'associant à ses joies, à ses souvenirs, ù ses regrets : il la contemple dorénavant du point de vue de la divinité. La pensée de Dieu, sans cesse mêlée à sa vision des choses, ravive et rajeunit son inspiration, et semble douer l'univers d'une fraîcheur et d'une majesté nouvelles. Que voit le regard de Dieu quand il s'abaisse sur celte terre? et inversement que veulent dire, pour l'homme pieux et attentif, ces « signes » répandus par le monde et qui tous viennent du Créateur? Tout répond à cette double question :

O Dieu ! vois sur les mers ! le regard de l'aurore Enfle le sein dormant de l'Océan sonore. Qui, comme un cœur d'amour ou de joie oppressé Presse le mouvement de son flot cadencé,

Et dans ses lames garde encore Le sombre azur du ciel que la nuit a laissé. Comme un léger sillon qui se creuse et frissonne Dans un champ où la brise a balancé l'épi-, Un flot naît d'une ride ; il murmure, il sillonne L'azur muet encor de l'abîme assoupi ; Il roule sur lui-même, il s'allonge, il s'abîme ;

Le regard le perd un moment :

Où va-t-il ? Il revient, revomi par l'abîme ; Il dresse en mugissant sa bouillonnante cime ; Le jour semble rouler sur. son dos écumant ; Il entraîne en passant les vagues qu'il écrase, S'enfle de leurs débris et bondit sur sa base ; Puis enfin, chancelant comme une vaste tour, Ou comme un char fumant brisé dans la carrière,

Il croule, et sa poussière

En flocons de lumière

Roule et disperse au loin tous ces fragments du jour

(Hymne du malin.

11 est une langue inconnue

Que parlent les vents dans les airs,

La foudre et l'éclair dans la nue,

La vague aux bords grondants des mers,

L'étoile de ses feux voilée,

L astre endormi sur la vallée.

Le chant lointain des matelots,

L'horizon fuyant dans l'espace,

Et ce firmament que retrace

Le cristal ondulant des flots ;

Les mers d'où s'élance l'aurore, J^es .montagnes où meurt le jour,

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