INTRODUCTION LI
pas prévues, en fut stupéfait. Il ne voyait pas ce qui, dans son œuvre, pouvait étonner et surtout choquer le public. « Cette aventure est bien simple,» écrit-il dans V Avertissement; et, peu de teui[)s après, il répondait avec unesurprise et une candeur non feintes à ceux ([ui l'accusaient d'avoii- voulu plaider contre le célibat des prêtres et attaquer le christianisme catholique : « Ce serait méconnaître également et l'instinct (in poète el le tact moral de l'homme, (|ue de supposer une intention de polémique hostile dans un ouvrage de poésie pure, dont l'unique mérile, s'il en avaitun, serait lesentiment moral et religieux dont rhaque vers est imbibé. «
(Vest que l'intrigue, pour lui, restait secondaire; et du point de vue du sentiment, où il veut que le lecteur se place avec lui, tout change assurément: Joceh/n, c'est « l'épopée de riionnne intérieur », l'histoire d'une àme que hantent lour à tour les émotions de la famille, de la nature, de la i-eligion, de la vie sociale, l'amour enfin, avec ses courts bonheurs et ses longs regrets, et qui a su éprouver avec une pleine sympathie, exprimer avec une touchante simplicité ces émotions connnuues' à tous. Sans doute, malgré la forme objective de l'œuvre, c'est lui encore et toujours que Lamaitine a mis en scène, mais en se simplihant en quelque sorte, selon la grande manière classique, et en n'eniprunlanl au souvenir de ses sentiments personnels que ce qui pouvait être compris et senti de tout le monde. 11 serait aisé de passer en revue les époques de la vie de Jocelyn et de mettre en regard de chacune d'elles les circonstances de la vie du poète qui y correspondent : il y a là comme une perpétuelle réminiscence, transposée el généralisée conformément au plan et à l'esprit du poème. Voici les joies candides de la seizième année, l'éveil de l'adolescent à la vie, symbolisé par la pure splendeur d'un matin d'été :
Que ce jour s'est levé serein sur le vallon !
Chaque toit semblait vivre à son premier rayon,
Chaque volet ouvert à l'aube près d'éclore
Semblait comme un ami solliciter l'aurore ;
On voyait la fumée, en colonnes d'azur,
De chaque humble foyer monter dans un ciel pur ;
Du pieux carillon les légères volées
Couraient en bondissant à travers les vallées
V^oici le mysticisme des années de Belley, le sentiment religieux de l'écolier exalté par l'église, le culte et lescéréinonies, avant tout contact avec le monde et la naturel Voici des ré-