INTRODUCTION LUI
linrnée par les sommets voisins, engourdie par le long liivor (les montagnes ; la vie sociale, source non plus de méditations politiques, mais d'activé charité ; la l'amille, déjà chérie autrefois, plus chère à mesure que le cœur s'est vidé des autres aiïeclions; l'amour enfin, mais sous une forme qu'ignore l'égoïsme de la jeunesse, cellcd'une vaste et universelle sympathie qui embrasse toutes les créatures, accueille avec reconnaissance les plus humbles, les plus obscurs témoignages de tendresse ou de bonté, dévouement de la servante, fidélité du chien, conlianlo familiarité des oiseaux, et dont les effusions s'étendent jusqu'au monde muet des plantes :
Je descends.
Dans mon jardin trempé par les froides ondées.
Visiter un moment mes plantes inondées ;
Je regarde à mes pieds si les bourgeons en pleurs
Ont de mes perce-neige épanoui les fleurs ;
Je relève sous leau les tiges abattues,
Je secoue au soleil les cœurs de mes laitues.
J'appelle par leurs noms mes arbres en chemin,
Je touche avec amour leurs branches de la main,
Comme de vieux amis de cœur je les aborde :
Car dans l'isolement mon àme, qui déborde
De ce besoin d'aimer, sa vie et son tourment,
Au monde végétal s'unit par sentiment ;
Et, si Dieu réduisait les plantes en poussière,
J endjrasserais le sol et j'aimerais la pierre!...
Là est la vraie philosophie, si l'on veut employer ce mot, ou, pour mieux dire, la vraie morale de Jocelyn. A tous ces héros de l'orgueil humain qui, de Werther à Chatterton, ont enflammé les imaginations romantiques Lamartine oppose cet humble de' cœur; aux poèmes de la révolte, le poème de la résignation, 1' «épopée du sacrifice *.» Un désenchantement sans désespoir, la volonté de vivre et de faire le bien consolant presque de l'absence du bonheur, la charité envers les petits et les simples secrètement préférée aux élans de la passion, la vie du cœur mise partout au-dessus de la vie de l'esprit : voilà l'exemple qu'offre Jx)celyn. A ce titre, Jocelyn est unique dans notre littérature ; c'est le seul chef-d'œu vre qu'ait inspiré chez nous la morale du bon sens et de la charité.
Avec Jocelyn, d'autre part, Lamartine aborde legenre épique. Lui qui jusqu'alors avait surtout montré le côté contemplatif