‹ PoésieChapitre 41 sur 274 · LXII LAMARTINF. . ŒUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

LXII LAMARTINF. . ŒUVRES CHOISIES

(ion, de jeunesse dans ma vie »; il ne voyait plus devant lui qu'un a reste de rliemin bien morne et bien solilaii'c* ». Dix années de vie politique intense et alFairée ne devaient même pas lui laisser le loisir d'entendre le « chant intérieur ». Pourtant, en 1849, au lendemain de la dévolution, il se laissait aller encore à rêver pour l'avenir un retour de l'inspiration poétique : « Si, apn^'s les sueurs, les labeurs, les agitations et les lassitudes de la journée humaine, la volonté de Dieu me réservait un long soir d'inaction, de repos, de sérénité avant la nuit, je sens que je redeviendrais volontiers à la fin de mes jours ce (jue je fus au conimencement : un poète, un adorateur, un chantre de sa création. Seulement, au lieu de chanter pour moi-même ou pour les hommes, je chanterais pour lui; mes hynmes ne contiendraient que le nom éternel et infini, et mes vers... seraient une note sacrée de ce cantique incessant et universel que toute créature doit chanter, du cœur ou de la voix, en naissant, en vivant, en passant, en mourant, devant son Créateur^... »

Cette poésie de la vieillesse, « extase de résignation, de confiance et d'adoration », dont il se faisait une idée si sereine et si pure, il ne lui fut pas donné de la réaliser. Est-il bien nécessaire de se demander pourcjuoi? Des soucis d'argent, plus pressants de jour en jour, l'arrachaient à lui-même et lui étaient toute liberté d'esprit. Les artifices du métier poétique, si pénibles dès qu'ils ont cessé d'être une joie pour l'artiste heureux de sa virtuosité, lui devenaient insupportables. 11 n'y a assurément ni exagération ni alfectation dans ces lignes qu'il adressait à Mme de Girardin dès 1842 : « Faites-vous des vers? J'y ai renoncé. C'est trop puéril pour le chilTre de mes années. La rime me fait rougir de honte. Sublime enfantillage dont je ne veux plus. — Philosophie et [tolilique, je ne vois plus que cela, et cola se fait en prose. » Surt(uit, à mesure qu'il avançait en âge, il avait le sentiment (jne bien peu de paroles valent la peine d'être prononcées . il ne voulait plus dire que des choses essentielles, ou se taire.

Mais, (juand l'inspiration renaissait, à de longs intervalles, assez s|)ontanée et assez forte pour dominer les préoccupations de la vie quotidienne et susciter en lui cette espèce de chaleur, cette espèce d'illusion aussi qui sont nécessaires à la

I. Lettre à Mlle de Virieu du i/i avril i84i. a. Préface tics Médilalions (a juillet iSig).

INTIIODUCTION LXIII

création poétique, il donnait des œuvres admirables. Ainsi sont nés la Marseillaise de la Paix (1841), les fragments du Dést'/f (iSoG), et les sublimes «psalmodies de l'àme » de la Vigne et la Maison (1857), adieux à sa vie finissante, pieux souvenir adressé aux joies et aux douleurs de jadis :

Que me fait le coteau, le toit, la vigne aride? Que me ferait le ciel, si le ciel était vide ?

Je ne vois en ces liens que ceux qui n'y sont pas 1

Des bonheurs disparus se rappeler la place, C'est rouvrir des cercueils pour revoir des trépas I

Le mur est gris, la tuile est rousse, L'hiver a ronge le ciment ; Des pierres disjointes la mousse Verdit l'humide fondement

La porte où file l'araignée, Qui n'entend plus le doux accueil, Reste immobile et dédaignée Et ne tourne plus sur son seuil ; Les volets que le moineau souille.

Détachés de leurs gonds de rouille.

Battent nuit et jour le granit; Les vitraux brisés par les grêles Livrent aux vieilles hirondelles Un libre passage à leur nid !

Leiir gazouillement sur les dalles

Couvertes de duvets Uottanls

Est la seule voix de ces salles

Pleines des silences du temps.

De la solitaire demeure

Une ombre lotirde d'heure en heure

Se détache sur le gazon :

Et cette ombre, couchée et morte.

Est la seule chose qui sorte

Tout le jour de cette maison !

Toute une vie tient entre la tristesse élégiaque et amoureuse de l'Isolement, de l Automne, et la tristesse si désolée, mais si sereine et si noble, de la Vigne et la Maison. Cependant, que l'on compare entre elles ces œuvres du début et de la lin, ni le poète ni la poésie n'ont, au fond, beaucoup tliangé : ici et là, même âme passionnée et résignée à la fois; ici et là, même paysage entrevu à travers les brouillards d'octobre, à demi réel, à demi rêvé. Fils des coteaux bourguignons, ébloui par l'Italie, fasciné par l'Oinent, Lamartine a fini par revenir aux lieux aimés de son enfance. Avant tout poète de l'àme, tenté par les aventures de la vie publique, pai- le rôle de « prophète » el de conducteur de peuples, par lea

L\1V LAMAUTlNli : ()ia\iii:.> CHOISIES

spéculations de l'esprit, c'est ù l'ùine (jue s'adresse son dernier chant. Ce chant est le plus émouvant qui soit sorti de son cœur; et c'est bien le couronnement de celle œuvre poétique si complexe, mélodieuse et colorée, pleine tour à tour de langueur et d'ardeur, de passions indécises et de fortes idées.

MÉDITATIONS rOETIOTJES

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