LE SOIR
Cf»s strophes furent écrites à Moiitculol. prps Dijon, au printemps de iSig, dans les bois qui entouraient le cliàtcau de l'abbé de Lamartine, oncle du poète.
Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts, Je suis dans le vague des airs Le char de la nuit qui s'avance.
Vénus se lève à l'horizon ; b
A mes pieds l'étoile amoureuse De sa lueur mvstérieuse Blanchit les tapis de gazon.
De ce hctrc au feuillage sombre
J'entends frissonner les rameaux : i«»
On dirait autour des tombeaux
Qu'on entend voltiger une ombre.
Tout à coup, détaché des cieux,
L'n rayon de l'astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne, i5
\ient mollement toucher mes veux.
Doux reflet d'un globe de llnmmc.
Charmant rayon, que me vcux-tui*
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon àme i* jo
4. Le chir de la ntih. V. I, il (note). ^ h. Se lève. En rcalilc, Vénus ne se lève pas le soir : elle sp ronrhe. Fnviliblç prnilnnl la jonrncp. elle apparaît vers l'occident après le ccmrlicr du toleil et sa ^rde pas à disparaître clU-mcme au-dessous de l'horizoa-
18 MÉDITATIONS )'OÉTI(^iUES
Dcscends-tu pour inc révéler Des mondes le divin mystère, Ces secrets cachés dans la sphère Où le jour va te rappeler ?
Lne secrète inleliisence r adresse- t-cllc aux malheureux ?
^ icns-tn, la niiil, hrillcr sur eii\ Comme un ravon de 1 espérance?
^ icns-tu dévoiler l'avenir
Au cœur laligué qui l'implore !* 3"
liayon divin, es-lu l'aurore
Du jour qui ne doit pas linir ?
Mon cœur à ta clarté s'enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je sonf;e à ceux qui ne sont plus : 35
Douce lumière, es-tu leur âme?
l'eul-èlrc ces mânes heureux
(dissent ainsi sur le hocaq;e.
l>nveloppé de leur iniage,
Je crois me sentir plus près d'eux ! 4o
Ah ! si c'est vous, omhres chéries, Loin de la loule et loin du hruit nevencz ainsi cliaque nuit Vous mêler à mes rêveries.
Ramenez la paix et l'amour L'^
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la norlurnc rosée
Qui lomhc après les feux du jour.
>3. l.n sphère . la jnhfTf" «•'^le«le
>3. l.a sphère . la jpncif' <-i»le«l( 3o. Implure. V. Vil, a5 (noie)
LIMMORTALITÉ |9
Venez !.... Mais des vapeurs funèbres
Montent des bords de rhorizon : 5o
Elles voilent le doux rayon,
Et tout rentre dans les ténèbres.
Colle « conlomplatioii sur los dcstiiu'os tie l'iiommc « fui adressée, en oclohre ou novembre 1817, à Elvire mourante. Les « espérances d'immortalité » de la jeune femme étaient, nous dit Lamartine, « voilées dans son cœur par le nuage de ses tristesses ». Le poète, fort malade lui-même, es.saye de la rasséréner en lui communiquant sa propre foi. — Le -fond ne sort guère du lieu commun, mais il y a peu de poésie plus émue et, cjuand on en imagine les circonstances, plus émouvante.
Le soleil de nos jours pâlit dès' son aurore ; Sui' nos fronts languissants à peine il jette encore (Quelques rayons tremblants qui combattent la nuit : L'ombre croit, le jour meurt, tout s ell'ace et tout fuit.
Qu'un autre à cet aspect frissonne et s'attendris.se, 5
Qu'il recule en tremblant des bords du précipice, Qu'il ne puisse de loin entendre sans frémir Le triste cbant des morts tout prêt à retentir,
5o. Des bords de l'horizon. Cf. I, 12.
I. Nos jours. Le poète crov;iil alors sa propre vie en danger.
3. La lutte des rayons cl des oinljres est un des speclaL-les auxquels Lariiarline était le plus sensible. 11 la dé[)éinte plus dune l'ois; il ca a tiré j)lus d'une niétapliore et plus d'un symlKile.
6, 10. Bords. Lamartine a une tendance marquée à employer ce mot an pluriel, même quand l'usage ou la logique demanderaient le singulier. VA'. VI1L7;X, i9;XX:ni, 63; XX.IX, 108; XXXIII, îo. 91. — llapprocher IL 16: aux Jlancs des monts; XI, 1 : aux sommets de l'Hymette; XII, lt^^. (iti.r bornts de la course; X'V, 116: des sommels d'un rocher; XXXVIl, 80 : aux parois d'un mamelon ; 1 10 : le vent la Ibuette (la cascade) à ses parois.