Jiapporls, au sens propre ; liens, liaison
LIMMORTAI.nT. 21
(}iiol jour séparera l'âme de la matière?
l'our quel nouveau séjour quiltcras-tu la lerre?
As-lu tout oublié? Par delà le tombeau,
\ as-tu renaître encor dans un oubli nouveau? io
\ as-tu rerommencer une seml)lablc vie.*
• )u dans le sein de Dieu, ta source et ta patrie,
Allranclii pour jamais de les liens mortels.
Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels?
— Oui, tel est mon espoir, ô moitié de ma vie 1 4J
( l'est par lui que déjà mon âme ralTermie
A pu voir sans etï'roi sur les traits enclianleurs
Se ("aner du printemps les brillantes couleurs;
(]'est par lui que, percé du trait qui me décliire,
Jeune encore, en mourant, vous me verrez sourire, iJo
l]t que des pleurs de joie, à nos derniers adieux,
V ton dernier regard, brilleront dans mes veux.
« Vain espoir ! » s'écriera le troupeau d'Épicure
Et celui dont la main disséquant la nature,
Dans un coin du cerveau nouvellement décrit, 55
Voit penser la matière et végéter l'esprit
6 2. Ta soarce. — i" rédaction : ton centre.
65. Moilié de ma vie. C'est, avec plus de tendresse et de tristesse, le animae dimidiam meae d'Horace {Od., I, m, 8).
66, 69. Parlai: grâce à lui.
53 et suivants. Exposé do la thèse matérialiste. — Le Ironpeau d'Epicure. C'est le grex Epicuri dans lequel Horace se rangeait par plaisanterie (^Episl., I, IV, lO), mais l'intention est ici bien plus méprisante.
54. Celai dont la main... Le savant, conduit au matérialisme non plus par l'amour des voluptés grossières, mais par l'observation désintéressée des phénomènes naturels, et particulièrement de ceux dont la matière vivante est le siège. Allusion aux ex|)ériences et aux doctrines de l'école dite « physiolo giqne », que Pinel et Broussais représentaient alors avcu éclat. — Lamartine avait d'abord écrit, visant les seules mathématiques :
Vain espoir ! s écriera ce docteur au front blême, Qui croit par A plus B résoudre ce problème. Et qui, soumettant tout à son étroit compas. Rejette hardiment ce qu'il ne comprend pas.
56. Végéter : vivre d'une vie matérielle, à la manière d'une plante. N'at-on pas comparé la pensée à une efOorescence de la matière ?
« Insensé, diront-ils. que trop d'orgueil abuse.
Regarde autour de loi : tout commence et tout s'use.
Tout marche vers un terme et tout naît pour mourir:
Dans ces prés jaunissants tu vois la fleur languir; 6..
Tu vois dans ces forêts le cèdre au front superbe
Sous le poids de ses ans tomber, ramper sous 1 herbe ;
Dans leurs lits desséchés tu vois les mers tarir;
Les cieux même, les cieux commencent à pâlir;
(Ict astre dont le temps a caché la naissance, (>'■>
Le soleil, comme nous, marche à sa décadence,
Et dans les cieux déserts les mortels éperdus
Le diercheront un jour et ne le verront jjIus !
Tu vois autour de toi dans la nature entière
Les siècles entasser poussière sur poussière, 7"
Et le temps, d'un seul pas confondant ton orgueil,
De tout ce qu'il produit devenir le cercueil.
Et l'homme, et riiomme seul, ô sublime folie I
Au fond de son tombeau croit retrouver la vie,
El dans le tourbillon au néant emporté, "/'
Abattu par le lem[)s. rè\e l'élcrnilé ! »
Qu'un autre vous ré|)onde, ô sages de la terre ! Laissez-moi mon erreur ; j'aime, il faut que j espère ; Notre faible raison se trouble et se confond. Oui, la raison se tait; mais l'instinct vous répond. &o
Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s'écartant de leurs routes certaines, Dans les champs de l'éther l'un par l'autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés ;