‹ PoésieChapitre 59 sur 274 · I.E VAI.ION · texte numérisé non relu

I.E VAI.ION

Là, deux ruisseaux c;it'liés sous des ponts de vci'dure Tracent en serpeiîlant les contours du vallon ; lo

Ils mêlent un niouiciit leur onde et leur murmure, Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s'est écoulée :

Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour;

Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée i5

JN'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

La fraîclicur de leurs lits, l'ombre qui les couronne, i\renrliaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux ; Comme un enfant bercé par un chant monotone, Mon âme s'assoupit au murmure des eaux. 30

Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure, D'un horizon borné qui suffit à mes yeux, J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature, A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.

J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie; 20

Je viens chercher vivant le calme du Lélhé. Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on oublie : / L'oubli seul désormais est ma félicité. /

iMon cœur est en repos, mon âme est en silence;

J^e bruit lointain du monde expire en arrivant, 3o

Comme un son éloigné qu'afl'aiblit la distance,

A l'oreille incertaine apporté par le vent.

D'ici je vois la vie, à travers un nuage,

'y évanouir pour moi dans l'ombre du passé ;

L'amour seul est resté, comme une grande image 35

Survit seule au réveil dans un son"e elTacé.

i/i. Sans nom. En 1819, Lamartine n'a encore de renommée que clans un pelit cercle d'amis.

ili. D'un beau jour : d'un seul beau jour. Cf. \V\, 225.

26. Léihé (en grec Oubli), (leuve des Enfers dans ranclcnnc uijlholp^io. En buvant de son eau, on perdait la mémoire du passé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile.

Ainsi qu'un voyageur qui, le cœur plein d'espoir,

S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,

Et respire un moment l'air embaume du soir. 4o

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière : L'homme par ce cliemin ne repasse jamais ; Comme lui, respirons au bout de la carrière Ce calme avant-coureur do rrleinolle paix.

Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne, 'i"> Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux; L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne. Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime; Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours : f>u

Quand tout change pour toi, la nature est la même. Et le même soleil se lève svir tes jours.

De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore :

Détache ton amour des faux biens que lu perds ;

Adore ici l'écho qu'adorait Pythagore, b'j

Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre:

Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon ; .

Avec le doux rayon de l'astre du mystère

Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon. 60

/il. Secouons la poussière. Loculion biblique. Secouer !.■» poussière tlo ses pieds sur quelque chose ou quelqu'un est un geste symbolique, qui signilic qu'on s'éloigne avec la volonté de ne pas revenir : Jésus rccomuiandc à ses apôtres de secouer la poussière de leurs pieds en sortant des maisons ou des villes où on les aura mal reçus (Mathieu, X, i4 ; Luc, IX, 5 ; X, 11 ; Marc, VI, 11). Lamartine détourne un peu l'expression de son sens traditionnel, qui implique un sentiment de mépris et d'indignation.

47. L'amitié te trahit. On aurait tort de chercher dan» ces mots une allusion aux événements de la vie privée de Lamartine.

5o-5a. Toujours, jours. V. Il, 25-26 (note).

55. Pythagore. D'après ce philosophe, pour qui l'univers entier n'est que nombre et harmonie, les. mouvements des planètes dans le ciel produisent la plus admirable des musiques.

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