Déserts. V. I, 3'i (note
.'ÎO Mr.DIÏATlONS POÉTIQUES
11 dit. Comme un vaulnur qui plonge sur sa proie, l,c Malheur, à ces mots, pousse, en signe de joie,
Lu long gérnisseineiil ; Kl, pressant l'univers dans sa serre cruelle, Embrasse pour jamais de sa rage éternelle
L'éternel aliment.
Le mal dès lors régna dans son immense eni[)ire ; Dès lors tout ce qui pense et tout ce qui respire
Commença de souIVrir; El la terre, cl le ciel, et l'àmc, et la malièrc, / Tout gémit; cl la voix de la nature entière /
Ne lut qu'un long soupir.
Levez donc vos regards vers les célestes plaines, aô
Cherchez Dieu dans son œuvre, invoquez dans vos peines
Ce grand consolateur :
Malheureux! sa bonté de son œuvre est absente; Vous cherchez votre appui ? l'univers vous présente
Votre persécuteur. 3o
De f[uel nom le nommer, ô fatale puissance? Qu'on t'appelle Destin, Nature, Providence,
Inconcevable loi ; <^)u'on tremble sous ta main, o>i bien qu'on la blasphème. Soumis ou révolté, qu'on le craigne ou (ju on l aime ; o'j
Toujours, c'est toujours loi I
Hélas! ainsi que vous j'invoquai l'Espérance; Mon esprit abusé but avec complaisance
Son philtre empoisonneur :
C'est elle qui, poussant nos pas dans les abîmes, 4o
De festons et de fleurs couronne les victimes
Qu'elle livre au Malheur.
Si du moins au hasard il décimait les hommes,
Ou si sa main tombait sur tous tant que nous sommes
Avec d'é":ales lois! 4'
Mais les siècles ont vu les âmes maî^naniincs, La beaiilr, le génie, ou les vcrlus sublimes, \ iciimcs de son choix.
Tt'l, quand des dieux de sang voulaient en sacrifices
Des troupeaux innocents les sanglantes prémices fie.
Dans leurs temples cruels, De cent taureaux choisis on formait l'hécatombe, El l'agneau sans souillure ou la blanche colombe ■ Engraissaient leurs autels.
r.réalcur tout-puissant, principe de tout être, f)5
Toi pour qui le possible existe avant de naître,
Roi de l'immensité, Tu pouvais cependant, au gré de ton envie, Puiser pour tes enfants le bonheur et la vie
Dans ton éternité ! Gu
Sans t'épuiser jamais, sur toute la nature
Tu pouvais à longs flots répandre sans mesure
Un bonheur absolu :
L'espace, le pouvoir, le temps, rien ne te coûte. Ah ! ma raison frémit ! tu le pouvais sans doute, cr.
'{'il jjft l'as pas voulu.
Quel crime avons-nous fait pour mériter de naître? L'insensible néant t'a-t-il demandé l'être,
Ou l'a-t-il accepté ?
Sommes-nous, ù hasard, l'œuvre de tes caprices? 7a
Ou plutôt. Dieu cruel, fallait-il nos supplices
Pour ta félicité ?
/iG-AS. Cf. la Gloire {Médilalions. XV) :
l'iirtout (les malheiireui, des proscrits, des viclimci»... On dirait que le ciel aiiï cœurs plus magnanimes Mesure plus de maux.
49. Tel joue ici le rôle d'advorhe : ainsi, de même. — De sang : sanguinaires. Le conipIcMiienl déterininatif équivaut à une épilliéte : tour iVéquent chez l,arnarline, surtout dans les dernières œuvres, (jf. XV, 2^5 ; XXXU, kii : XX \Vl. .S(), Or ; XXXVII, 'ili ■ XL, 199 ; etc.
bS. Au yré de Ion envie ; autant que \n aurais voulu.
.12 Ml-DITATIONS POf.TlQUES
Monloz donc vers le ciel, montez, encens qu'il aime, Soupirs, 2[émissements, larmes, sanglots, blasphéma.
Plaisirs, concerts divins ; 7^
Cris (lu sang, voix des morts, plaintes inextinguibles, Montez, allez frapper les voûtes insensibles
Du palais des deslins!
Terre, élève ta voix ; cieux, répondez ; abîmes,
Koir séjour où la mort entasse ses victimes, 80
Ne formez qu'un soupir !
Qu'une plainte éternelle accuse la > nature, Kl que la douleur donne à toute créature
Une voix pour gémir !
Du jour où la nature, au néant arrachée, 85
S'échappa de ta main connue une œuvre ébauchée,
Qu'as-tu vu cependant?
Aux désordres du mal la matière asservie. Toute chair gémissante, hélas 1 et toute vie
Jalouse du néant ! go
Des éléments rivaux les luttes intestines ;
Le Temps, qui flétrit tout, assis sur' les ruines
(Qu'entassèrent ses mains, Attondanl sur le seuil tes œuvres éphémères ; Kt la mort éloulTanl, dès le sein de leurs mères, gS
Les germes des humains I
La vertu succombant sous l'audace impunie, L'iuq)osture en honneur, la vérité bannie ; L'errante liberté
•jfi. Blasphème, an singulier pour la rime.
75. l'Iaisirs, concerts divins. Douhie apposition h l'i'niimiT.ition du vcr> précédent. — Pour concerts, v. I, il)(noli!).
7y. fiéponde: : faites écho (à la liTce).
91. Intestines : ayant lion dans l'enceinti" luêine du uionde.
f)1. Sur le seuil (de l'univers) : dès le uioinenl où elles iirriveQl à l'eiiitence.