‹ PoésieChapitre 90 sur 274 · LE5PRIT DE DIEU · texte numérisé non relu

LE5PRIT DE DIEU

Mais s'il respire l'aquilon,

Tout à coup la flamme engourdie

S'enfle, d^'horde, et lincendic

Embrase un immense horizon 1 lo

0 mon âme ! de quels rivages

Viendra ce souille inattendu?

Sera-ce un enfant des orages,

Un soupir à peine entendu ?

Yiendra-t-il, comme un doux zépliyre, i5

Mollement caresser ma lyre.

Ainsi qu'il caresse une fleur?

Ou sous ses ailes frémissantes

Briser ces cordes, gémissantes

Du cri perçant de la douleur ? ao

Viens du couchant ou de l'aurore,

Doux ou terrible, au gré du sort:

Le sein généreux qui t'implore

Brave la souflrance ou la mort.

Aux cœurs altérés d'harmonie a5

Qu'importe le prix du génie ?

Si c'est la mort, il faut mourir !....

On dit que la bouche d'Orphée,

7. S'il respire l'aquilon. Belle image, qui achève de donner la vie au foyer. — Sur aquilon, v. I, 52 (note). 9. Déborde. — i"^' version: s'irrite.

16. Il : le zéphyre. Construction un peu embarrassée. 18-20. Entendez : (viendra-t-il), sous le choc de ses ailes frémissantes, ébranler jusqu'à les briser ces cordes qu'il fera retentir (plutôt que gémir^ du cri perçant de la douleur ?

21. L'aurore : l'orient. Cf. I, 22 ; VIII, 22. aS. T'implore. V. VII, 20 (note).

28. Orphée, poète et chanteur légendaire de la Thrace. Sa vois charmait les bêtes, les arbres et les rochers. Il fut massacré et déchiré par les Bacchantes dont il avait dédaigné l'amour. Sa tète, jetée dans l'Hèbre et roulée par le courant du fleuve, continua à faire entendre des accents harmonieux. Cf. Ovide, Métamorphoses, XI, 5o :

... caput, Hebre, lyramque Excipis ; et, mirum ! medio dum labitur amno, Flebile nescio quid queritur lyra, Jlebile lingua Murmurât exanimis, respondent flebile ripae ;

et Virgile, Géorgiques, IV, 622 et suiv.

Par les flots de l'Hèbre étoufîée,

Rendit un immortel soupir. 3o

Mais, soit qu'un mortel vive ou meure,

Toujours rebelle à nos souhaits, »

L'Esprit ne souflle qu'à son heure,

Et ne se repose jamais...

Préparons-lui des lèvres pures, ''

Un œil chaste, un front sans souillures,

Comme, aux approches du saint lieu,

Des enfants, des vierges voilées.

Jonchent de roses cdeuillées 'i

La route où va passer un Dieu ! 4o I

Fuyant les bords qui l'ont vu naître,

De Laban l'antique berger.

Un jour, devant lui vit paraître

Un mystérieux étranger.

Dans l'ombre, ses larges prunelles 45

Lançaient de pâles étincelles ;

Ses pas ébranlaient le vallon ;

Le courroux gonflait sa poitrine,

Et le souffle de sa narine

Résonnait comme l'aquilon. 5o

34. Ne se repose jamais : ne séjourne jamais longtemps au môme lieu, dans la même àme.

/Ji-8o. Paraphrase du récît de la Genèse (XXXII, si et suiv.) : « Or Jacob demeura seul; et un homme lutta avec lui, jusqu'au lever de l'aurore. Et quand cet homme vit qu'il ne pouvait le vaincre, il toucha l'emLoilure de sa hanclie ; et l'emljoiture de la hanche de Jacob fut démise, pendant qu'il luttait avec lui. Et cet homme lui dit: Laisse-moi aller, car l'aurore est levée. Mais il dit : Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni. Et il lui dit : Quel est ton nom P et il répondit : Jacob. Alors il dit: Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (qui luUe avec Dieu) ; car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as vaincu. Et Jacob l'interrosea, et dit: .\[)prfnds-nioi ton nom, je te prie. Et il répondit : Pourquoi dcmandes-tu uion nom ? Et il le bénit là. Et Jacob nomma le lieu Pcniol (j'ace de Dieu) ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et mon àme a été délivrée. »

42. Laban. On connaît l'histoire de Jacol), obligé de servir comme gardien de troupeaux chez son oncle le Syrien Laban. Mais au moment où il rencontra l'ange, il ne fuyait pas « les bords qui l'avaient vu naître », c'est-à-dire le pays de Chanaan ; il y retournait au contraire, après s'étra enfui de chez Xaban.

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