MA MAISON
Ma maison, sur le flanc du coteau, blanche et verte, Regarde les soleils levants. Sa porte, ouverte Comme par un sourire affable, dit : «< Entrez ! » On ne sait de quel jour interne pénétrés Les carreaux de ses deux fenêtres ont des flammes Douces, comme ces yeux qui dévoilent des âmes. Sa toiture est d'ardoise; on la voit de très-loin, Bleue et coquette, avec un vase à chaque coin, Vase de terre, où s'ouvre une âpre plante grasse. Les sentiers du jardin circulent avec grâce.
70 Soirs moroses
Nettement limités de fraisiers ou de buis.
Le jour sous les tilleuls est très-doux. Peu de bruils.
Beaucoup de fleurs : jasmins^ tulipes, chèvrefeuille.
Tout est propre, riant, rangé. La grille accueille.
Le soir, dans son cristal calme, sous le rideau
Des arbres, un bassin où s'est tû le jet d'eau
Reflète entre ses bords de luzerne et de menthes,
La lune aux cieux nageant, cygne des nuits dormantes.
Si j'étais le passant qui gravit le coteau, Suant, l'été, gelant^ Thiver, sous son manteau, Triste toujours, — car nul ne marche sur la terre Sans qu'un souci, frivole espoir ou deuil austère, Ne mine, comme un ver le noyau, sa raison, — Et si, blanche, au détour du sentier, ma maison Dans sa sérénité m'apparaissait, subite, Je m'écrirais : « C'est là que le bonheur habite! »
Soirs moroses 71