POUR LES NOCES DE MA SOEUR PAULINE
A l’humaine vertu le sort âpre et jaloux
Interdit un jour calme, un air clément et doux : Une forte poitrine, aux luttes toujours prête, Peut seule contenir, ma sœur, une âme honnète.
Lâches ou malheureux, tels seront tes enfants ; Choisis-les malheureux! Dans le mal triomphants Vont les heureux du jour; un gouffre de bassesse Sépare désormais l’honneur de la riches$e.…
Il naît trop tard, il naît en un temps odieux, Celui-là dont l’œ:1l s’ouvre à la clarté des cieux. Le sort le veut ainsi. Pour toi, songe en ton âme, Que s’il te naît des fils, il te faut, noble femme, Les sevrant au berceau d’un rêve suborneur, Pour toi-même et pour eux abdiquer le bonheur! Trempe-les pour la lutte et dès leur premier âge ! La pratique du bien veut un mâle courage.
Que jamais la fortune aux présents corrupteurs Ne les trouve parmi sa tourbe de flatteurs !
Qu'ils ne soient les jouets ni de nos peurs serviles, Ni de nos vains espoirs aux promesses stériles ! Au-dessus de la peur, au-dessus de l'espoir
Qu'ils restent les servants stoïques du devoir!
A ce titre peut-être, honorant leur mérite,
Dans les âges futurs on envira leur sort.
Sacrilège coutume et justice hypocrite!
Nous méprisons vivant ce que nous louons mort !
La patrie, ô nos sœurs et nos filles, ô femmes,
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N’attend pas peu de vous! Si vous tenez de Dieu Cette beauté qui dompte et le fer et le feu,
Est-ce donc pour la honte et la perte des âmes ! Tout ce qui vit subit votre charme vainqueur:
Le sage et le vaillant ont foi dans votre cœur,
Foi dans vos instincts, foi dans votre intelligence ; Et, sachant pour le bien quelle est votre puissance, De votre lait nourri, bercé sur vos genoux, L'homme qui pense et sent s’incline devant vous. Je vous demande alors compte de votre empire, Compte de cette époque où le mal tourne au pire. De la jeunesse en nous s’éteint la sainte ardeur : Est-ce par votre souffle ? — Inerte et sans verdeur Notre volonté tombe, et notre caractère
Chaque jour s’avilit, se détrempe et s’altère : Est-ce par votre faute? — A tout courage humain Si notre esprit répugne, et si des sens captive L’âme en nous s’assoupit, si La valeur native
N’a plus ni chair ni nerf, — est-ce par votre main?
En qui l’estime haut l'amour agrandit l’âme
Ét ne l’amoindrit pas : il dilate à sa flamme
Les courages, les cœurs, les pensers, les vouloirs, Et les altiers desseins et les hardis espoirs | L’amour est le foyer qui de notre égoïsme
Sous ses baisers ardents fait jaillir l’héroïsme ; L’amour dans sa lumière aux fécondes splendeurs Change en ciel notre nuit aux noires profondeurs, Indigne de l’amour, celui dont le courage