DE MA SOŒUR PAULINE
Ne bat point d’allégresse au plus fort de l’orage, Quand les vents déchaïnés ravagent les sillons,
Et que la nue en feu roulant aux flancs des monts D’une flamme sanglante empourpre au loin leurs cimes! L'amour n’habite point les cœurs pusillanimes!
O vierges, qu’il vous soit à jamais étranger
Celui qu’effare et glace et fait fuir le danger! Chassez de vos dédains l’âme sourde et flétrie
Qui fermée à la voix des maux de la patrie, Ouverte aux chants de la Sirène et des plaisirs,
En lieux bas a placé ses vulgaires désirs !
Prouvez à l’apostat que votre foi condamne,
Que vous êtes la femme et non la courtisane!
Que vos cœurs et vos bras ne savent point s'ouvrir À qui ne sait ni vivre en homme ni mourir |
Oh! qu’il ne soit pas dit que votre géniture
Des hontes de ce siècle a fait sa nourriture!
Que vos flancs ont conçu, vos seins ont allaité
Des esclaves — bétail broutant la volupté!
Que vous continuez, à femmes d'Italie,
Dans vos enfants déchus une race avilie!
Non! non! sous le regard des ancètres fameux Qu'ils grandissent pour vivre ou pour mourir comme eux! Qu'ils sachent mériter la haine et les disgrâces
De ce siècle hideux ! qu’ils reprennent les traces Des aïeux vénérés que ce sol a nourris !.…
Tels, sous le ciel de Sparte et dans les chmps fleuris Où croît le laurier-rose à la senteur aimée,
POUR LES NOCES
Parmi les souvenirs de haute renommée,
Les exemples laissés en des jours radieux,
Les jeunes descendants d’héroïques aïeux,
Respirant du passé la généreuse ivresse, Grandissaient pour la gloire et l’orgueil de la Grèce ! Jusqu’au jour où, le front d’hyacinthe enlacé,
La blanche fiancée au flanc du fiancé
Ceignait le glaive saint pour la sainte défense
Des lieux où se connut et s’aima leur enfance!
Et si le sort cruel trahissait son ami,
À son premier combat s’il tombait endormi
Dans la mort, du devoir victime sans souillure,
Lui gardant pour linceul sa noire chevelure,
Elle en couvrait le corps de son jeune guerrier
Qu'on lui rapportait froid, — mais sur son bouclier ! |
La beauté souveraine, Ô noble Virginie, Avait fait de ses doigts divins ton divin corps ; | Et, comme d’une lyre aux suaves accords,
De ton être émanaient la grâce et l'harmonie ;
Et l’impur décemvir de tes charmes épris
T'obsédait, rugissant sous tes altiers mépris !
Belle et dans la saison où l'esprit de la femme
Boit d’un rêve enivrant les effluves de flamme,
Tu voulus, dans la fleur de ta chaste beauté,
T'affranchir en mourant d’un tyran déteste :
À ta voix, la rustique et paternelle épée
Déchira ta poitrine, et, bénissant ton sort,
Aux étreintes d’un monstre, à l’opprobre échappée,