A UN VAINQUEUR
PPRENDS, jeune homme, apprends à connaitre la gloire! De son divin visage et de sa noble voix Em lis tes veux, emplis ton âme et ta mémoire! Donne-lui tout ton cœur et sans retour, et vois Par toi-même, Ô lutteur! combien l'audace active De la vertu vaut mieux qu’une jeunesse oisive. À l’œuvre! loin de toi d’efféminés loisirs !
A l’œuvre! et si tu veux ravir comme une proie La gloire, et du vainqueur connaitre un jour la joie, Tiens ton âme au niveau des plus altiers désirs !
La foule à pas fiévreux vers l’arène s’élance;
Sa clameur ty convie aux luttes d'autrefois.
Patrie et peuple ont foi dans ta jeune vaillance : Renouvelle à leurs yeux les antiques exploits !
Ils n’ont pas teint leurs bras dans le sang des barbares A Marathon, ceux qui, de leur fatigue avares, Contemplaient froidement, stupides spectateurs,
Les jeux de la palestre aux athlètes lutteurs ; : Ceux que n’enflammait pas d'une ardeur belliqueuse Dans les champs éléens la palme glorieuse ;
Mais il avait lavé dans l’Alphée au flot clair
De ses chevaux vainqueurs la poudreuse crinière, Celui qui, d’un bras fort, et plus prompt que l'éclair, A planté le premier l’épée et la bannière
Des Grecs au plus épais des épais bataillons
Du Mède fugitif, et semant les sillons
Et les mers de ses morts — fuite et déroute immense Dont l’Euphrate a gémi jusqu’en ses profondeurs :
Le désespoir succède à l’altière démence,
Et la Grèce éblouit le monde à ses splendeurs !
Dira-t-on insensé celui-là qui ravive
Sous la cendre des temps et des cœurs oublieux
Les antiques ardeurs de la vertu native
Et les grands souvenirs légués par les aïeux ?
Des jeux !.. Et pourquoi non? Des cirques et des fêtes !.. Eh ! qu'importe! Depuis qu’Apollon sur nos têtes Dans l’arène du ciel roule son char de feu,