‹ Poésie, en vers françaisChapitre 17 sur 45 · LS LS · texte numérisé non relu

LS LS

Le fauve poursuivra le fauve bondissant…

© meurtres ! vie affreuse en tes métamorphoses! L'homme est la chose infime et vile entre les choses! Ces antres sourds remplis de nos gémissements, Ces blocs nus, ces sillons d’un flot rouge fumants, Cette nuit abritant nos malheurs dans ses voiles, Rien ne les trouble, rien ne les fait tressaillir !

Et vous, filles du ciel, immuables étoiles,

Le cri de nos douleurs ne vous fait point pälir!

Et moi qui vais mourir, je n’invoque à cette heure, Ni les rois de l’enfer, ni les tyrans du ciel,

Ni la nuit, ni la terre indigne — la demeure

De l’homme, le séjour du mal universel!

Ni toi non plus, rayon dernier de la mort noire, Crépuscule dorant au loin notre mémoire!

Qu'importe à mon tombeau la tardive équité

Ou les blâmes ingrats de la postérité!

La tombe où dormira bientôt ma froide argile, N'attend rien, ne veut rien d’une plèbe servile!

Ses sanglots et ses fleurs, offrandes du remords,

Ne sauraient apaiser mon ombre chez les morts! Le temps se précipite et croule dans le pire :

Avec la Liberté, libre du moins j’expire !.…

Et vous, nos descendants, vous les neveux pourris De fiers aïeux, vous nés dans l’opprobre et nourris, Oubliez des vaincus la mémoire importune!

Laissez dormir en paix une immense infortune ! Gardez à vos tyrans votre encens et vos cris!

Pour vos tyrans et vous nous gardons nos mépris !.…

Autour de moi déjà l’oiseau noir bat des ailes : Que la bète m'étouffe en ses griffes cruelles!

Que la tempête emporte et brüle à ses éclairs

Ma dépouille, et la sème au vent et dans les airs! Que mon nom à jamais dans l’oubli s’engloutisse { Vertu! tu n’es qu’un mot! Tu n’es qu’un mot, Justice !

AU PRINTEMPS ou DES FABLES ANTIQUES

UISQUE du clair soleil la chaleur salutaire Répare les dégâts du ciel, et que la terre

Se réveille, et qu’au souffle attiédi du zéphyr La nuée aux flancs d’or, sur un fond de saphir, Blanchit et se disperse en flottantes parcelles; Puisque l’oiseau confie au vent ses jeunes ailes, Et qu'à travers les bois la lumière du jour Aux animaux émus porte un désir d’amour, Renouveau de tendresse et de bonheur ; peut-être, Peut-être lé printemps va-t-il aussi renaitre

46 AU PRINTEMPS

en me

Pour les esprits lassés, les cœurs endoloris

Que le monde et le sort avant l’heure ont flétris, Que de la vérité la précoce amertume,

Subtil et sûr poison, avant l’âge consume.

Les rayons de Phébus dorant l’azur des cieux

Ne sont donc pas éteints pour l’œil du malheureux ! O printemps embaumé, ton haleine clémente Ravive doucement en moi la sève aimante ;

Tu viens fondre mon cœur glacé, ce triste cœur À qui l’homme et la vie ont appris la douleur, Et qui dans l’âge où rit la candide jeunesse, Connaiït déjà le deuil et l’amère vieillesse.

O nature, tu vis! tu vis! et c’est ta voix

Qui m'arrive des monts, de la plaine et des bois. Tu vis! Dans tous les bruits de la saison nouvelle Je retrouve l’accent de ta voix maternelle.

Ces rivages jadis, voilés aux feux du jour,

Des nymphes aux bras blancs étaient le frais séjour. Les Sylvains épiaient leurs courses incertaines ; L’eau vive de la source'et les claires fontaines, Dans la tranquillité des matins et des soirs, Reflétant leurs beaux corps, leur servaient de miroirs. Les profondes forèts, les cimes escarpées Tressaillaient dans la nuit aux danses des Napées ; Les rochers résonnaient sous des pieds immortels, Et la lune éclairait leurs ébats fraternels ;

Et ces lieux qu’habitaient des hôtes tutélaires,

Des vents seuls aujourd’hui sont les nids solitaires. .

AU PRINTEMPS

Vers midi, le berger qui, las d’un long repos,

Par les sentiers herbeux conduisait ses troupeaux S’abreuver dans le fleuve aux feuillages antiques, Entendait tout à coup la voix des Pans rustiques, Qui le long de la rive et du sein des roseaux Mêlaient leur chant agreste au murmure des eaux. Il voyait frémir l’onde et croyait qu’invisible

A ses yeux, la Déesse à la flèche invincible,

Après la chasse ardente à travers monts et bois, Sur l’herbe en fleur posant et l’arc et le carquois, Dans les flots attiédis qu’un dôme ombreux protège, Plongeait son flanc de vierge et sa gorge de neige.

Les herbes et les fleurs, les prés étaient vivants Alors ! les bois vivaient ! Les nuages, les vents, Le ciel, les astres d’or, la lampe titanienne, N’étaient pas étrangers à la famille humaine

Au temps où sur la plage et les coteaux déserts Le voyageur, la nuit, te suivant dans les airs,

O Cypris lumineuse, étoile protectrice,

Se guidait dans sa marche à ta clarté propice ; Compagne de sa route, il lui semblait qu’au ciel S’intéressait à lui ton regard fraternel.

Que si fuyant la vie adultère des villes,

Leurs hontes, leurs fureurs, leurs discordes civiles, L'homme se retirait pensif au fond des bois,

Et si dans la forêt obscure aux sombres voix,

A quelque tronc rugueux se heurtait sa poitrine, Il y sentait courir la sève purpurine

48 AU PRINTEMPS t

De la vie, et flotter au sein des verts rameaux Des soupirs exhalés par d’ineffables maux :

1] sentait vivre l’arbre et respirer {a plante ;

Il entendait la plainte invisible et dolente

De Daphnis, de Philis, des divins trépassés, Qui, sous Îa dure écorce à jamais enlacés,

Ÿ vivaient d’une vie étrange et surhumaine ; Il entendait gémir les filles de Climène Pleurant sur Phaëton, l’héliade imprudent Que le courroux de Zeus noya dans l’Eridan.

Et vous, Ô durs rochers, vos flancs inaccessibles Aux plaintes des mortels n'étaient pas insensibles, Quand Écho pour demeure avait vos blocs ouverts, Écho qui n’était pas un son menteur des airs,

Mais l’âme d’une nymphe, âme errante et plaintive, Qui d’un fatal amour, hélas! partout captive, Victime du Destin aux caprices cruels,

Jeune encor s’envola de ses liens mortels.

Par les rochers ardus, par les gorges profondes, Les antres, les écueils où s’engouffrent les ondes, Elle allait répétant, jusqu’au ciel prolongés,

Nos soupirs, nos sanglots connus et partagés.

Et toi qui dans la paix des forêts chevelues,

Oiseau musicien, de ta voix d’or salues

Le printemps qui renaît, on dit que dans les pleurs, Toi, tu vécus aussi nos humaines douleurs,

Et que dans le silence où ton cœur se lamente,

Tu redis à la nuit magnifique et clémente,

AU PRINTEMPS

Aux bois muets, au vent, à l’azur étoilé,

A la vallée en fleur qu’emplit ton hymne ailé,

Tes tragiques malheurs : la scélérate engeance Du crime : inceste, meurtre, impiété, vengeance, Ce monstrueux festin qui, forfait sans pareil, D’horreur et de pitié fit pälir le soleil.

Mais non, aucun lien de parenté nous lie,

Et notre espèce est autre, et ta mélancolie,

Tes chants mélodieux dont s’enivrent les bois, Ce n’est pas la douleur qui les met dans ta voix. Ta native innocence aujourd’hui dévoilée,

Tu nous deviens moins cher dans la noire vallée Où se cache ta vie. Hélas! puisque les cieux Sont vides désormais, que l’Olympe est sans dieux, Que le tonnerre aveugle errant par les nuages, Et des cimes aux mers promenant ses ravages, D'une égale terreur, d’un même effroi croissant Glace le cœur coupable et le cœur innocent; Puisque la terre, hélas ! impassible mégère, Notre mère natale est pour nous étrangère, Qu'elle enfante et nourrit et ne nous connaît pas, Que mêlant au hasard la vie et le trépas,

Elle est indifférente à sa progéniture ;

O toi, mystérieuse et placide nature,

Des tranquilles splendeurs de ta sérénité, Contemple des mortels le sort immérité,

Nos misères sans but, hélas ! rends à mon âme Sa stoïque ferveur et son antique flamme,

fo

AU PRINTEMPS

Si tu vis toutefois; et si rien dans le ciel,

Rien sur la terre, rien n’a d’écho fraternel

Pour nos douleurs, eh bien ! sinon consolatrice, Nature ! de nos maux sois du moins spectatrice.

HTMNE AUX PATRIARCHES

OU

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