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Mais toi, seul et pensif, sur la tour isolée,
Sans compagnons ni vol à travers la vallée,
Sur la campagne au loin promenant ton regard, Mélancolique oiseau, tu chantes à l'écart.
Ainsi pour toi s’en va dans sa fleur non cueillie
Le printemps de l’année, — un printemps dans ta vie.
Hélas! combien tes goûts à mes goûts sont pareils! Plaisirs des jours premiers, jeux, rires, gais soleils, Et toi, divin Amour, frère de la Jeunesse, Tourment de l’âge mür, regret de la vieillesse,
De vous je ne veux rien! — loin de là, je vous fuis. Triste et le cœur rongé de précoces ennuis, Étranger dans ce bois natal où je m’oublie,
Je passe morne et seul le printemps de ma vie.
Ce beau jour qui bientôt fera place à la nuit,
Est la fête du lieu, jour de joie et de bruit.
La cloche dans l’azur sonne à pleine volée,
Et ses vibrations planent sur la vallée.
Des coups de feu, partant de maison en maison, D’éclairs et de fumée emplissent l’horizon.
La jeunesse du bourg, pour la fête venue, Désireuse de voir et surtout d’être vue,
Va, vient, main dans la main, couples frais et rieurs: La joie est dans les yeux, la joie est dans les cœurs. Moi, dérobant l'ennui qui partout m’accompagne, Dans ce coin écarté j’erre par la campagne,
Et, promenant sans but mon rêve sans désir,
J’ajourne à d’autres temps la moisson du plaisir. Cependant le soleil dont l’orbe en feu décline, Descend avec lenteur derrière la colline;
De ses rayons mourants il semble m’avertir Que la jeunesse aussi comme lui va partir.
Lorsque viendra le soir, lumineux sous ses voiles, Des jours que pour chanter te gardent les étoiles, Sur la tour en ruine, en attendant la mort,
Sans regrets du passé, sans te plaindre du sort, Tu chanteras, soumise et douce créature,
Car tu veux, noble oiseaü, ce que veut la nature! Mais moi, si le destin inflexible toujours,
Me condamne à porter le dur fardeau des jours, S'il ne m’est pas donné d'éviter la vieillesse,
Dans le long abandon où le chagrin nous laisse, Quand mon œil sera vide et muet pour autrui, Quand demain sera terne et froid comme aujourd’hui, Que penserai-je alors de mes vertes années,
Des fleurs de mon avril stérilement fanées,
Des bonheurs dédaignés que maintenant je fuis?.… © mes beaux jours perdus, beaux jours évanouis! Je me repentirai sans doute, et, du jeune âge, Dans mon ombre évoquant la radieuse image, Plein de regrets, hélas! de mon présent glacé,
Je me retournerai souvent vers le passé!
LÉ