LE SOIR DU JOUR DE FÊTE
M'a faite au fond du cœur l'éclair de tes grands yeux. Tu dors, et moi je veille, et, songeur soucieux,
Je contemple le ciel, cette splendeur sereine,
Cette antique nature, immense et souveraine,
D'où l’être sort, en qui l’être vient s’engloutir,
Mère aux flancs immortels qui m’a fait pour mourir, Qui, pouvant mon bonheur, a voulu ma souffrance. « Je te refuse tout, tout, même l’espérance, M'a-t-elle dit. Pour toi, ni sourires ni fleurs :
Tes yeux ne brilleront jamais que par tes pleurs. »
C'était fête aujourd’hui. Calme, tu te reposes
De tes plaisirs du jour. Sur tes beaux yeux fermés Un doux songe peut-être effeuille-t-il ses roses ; Peut-être revois-tu les cœurs par toi charmés,
Les heureux qui t'ont plu dans la foule empressée, Et dont la jeune image occupe ta pensée.
Et moi... Que cet espoir s'éloigne de mon cœur! Dé vœux inexaucés allégeons la douleur. :
Et cependant je songe aux jours que sur la terre Le sort me garde encore à souffrir solitaire.
Sur le sol affaissé je tremble, je frémis
De cet isolement à mes destins promis,
Et je m’écrie : Ô long et dur pèlerinage,
O solitude affreuse et dès mon plus bel âge, Hélas ! — Sur le chemin j’entends non loin d'ici La voix de l'artisan : léger de tout souci,
I! revient de la fête, et, pour abréger l’heure,