INTRODUCTION XXXVII
dehors de ses habitudes, parurent ralentir et ralentirent peutêtre, pendant quatre années, l’infatigable activité de la maladie...
Un détail est ici à consigner car il montre de quelle sollicitude active et soumise Raniert et sa sœur entourèrent leur cher malade. Ce malade avait les exigences et tous les caprices du phtisique : il ne voulait que du pain de Naples, et on allait à la ville, à trois lieues, lus en chercher; il voulait dormir le jour, se lever le soir, diner à minuit, et tout se faisait comme il l'entendait : à minuit on lui servait son diner. On appelait près de lui les praticiens les plus habiles; « on luttait non seulement contre son mal, continue Marc Monnier, mais contre lui-même, car cet homme excessif abusait de tout ; si on lui permettait le café, il en buvait vingt tasses... »
Sous l'influence réparatrice de ce nouveau milieu, la santé de Leopardi semble se raviver, mais le mal n'est que momentanément enrayé; sa constitution était depuis longtemps minée par deux maladies mortelles , la phtisie et l'hydropisie ; il devait y succomber. Les soins attentifs, l'affection dont il était comme enveloppé purent du moins chez lui prolonger l'existence et donner au patient ces illusions dont l'instinct de la vie berce d'ordinaire ceux qui meurent longuement. Notre malade finit par se promettre à lui-même une existence des plus longues, celle des asthmatiques : il faisait des projets, il songeait à quitter bientôt Naples et même « à venir terminer ses jours à Paris *.»
* Leopardi a des éclats de colère et de haine contre la France, mais la haine de la France était en lui celle du patriotisme italien. Dans son ode sur le monument de Dante, il s’écrie : « Je veux tâ&ire les autres enne-
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