‹ Poésie et folieChapitre 28 sur 45 · LE TERRAIN KBVROPATHIQUE : CHARLES BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

LE TERRAIN KBVROPATHIQUE : CHARLES BAUDELAIRE

<( Du vin et du haschisch comparés comme moyen de multiplication de l'individualité, » et dans la Fontaine de sang le poète fait, il est vrai, un aveu bien démonstratif :

J'ai demandé souvent à des vins capiteux I)'cndormir pour un jour la terreur qui me mine.

Dans ses lettres, il raconte quelque part qu'un pharmacien de ses amis lui a confié une recette excellente pour composer soi-même du haschisch, et ailleurs encore il écrit au seul confident pour lequel il n'ait pas de secrets : « Je suis bien mal. mon cher, et je n'ai pas d'opium. » Une correspondance de l'éditeur Poulet -Malassis à M. Troubat semble indiquer même que la maladie qui emporta Baudelaire aurait eu pour cause des abus de boissons : < Depuis six mois, tout l'ensemble du système nerveux était chez lui fort compromis. Il a négligé de tenir compte de symptômes et d'avertissements graves, et, contre l'avis des médecins et les prières de ses amis, il a continué à user et à abuser d'excitants. Sa volonté était si faible à cet égard, qu'on ne mettait plus d'eau-de-vie sur la table chez moi, pour qu'il n'en bût pas. Autrement, son désir était irrésistible. »

Dans la notice des Œuvres complètes, Théophile Gautier a cependant protesté avec énergie contre cette opinion que Baudelaire cherchait l'inspiration dans Les excitants, et que sa paralysie fût causée par des excès de haschisch et d'opium. « Qu il ait essayé une ou deux fois du haschisch comme expérience physiologique, cela est possible, et même

probable, dit l'auteur; mais il n'en a pas fait un usage continu. » Dans un article récent, le Dr Michaut1 affirme même, en parlant de Baudelaire, que « jamais, d'après ceux qui l'ont connu, homme de lettres ne fut plus sobre •>.

La vérité est que le poète a usé en dilettante des poisons dont il fait l'éloge; mais, par contre, il parait bien exagéré de le représenter comme un intoxiqué ayant « roulé » dans les pires excès. En particulier, il est peu probable que le ramollissement cérébral auquel succomba Baudelaire fut en rapport direct avec l'alcoolisme chronique, comme certains auteurs paraissent l'insinuer.

Reproduisant une expression qui, dans la bouche de Maxime du Camp, ne pouvait avoir un sens nosographique bien précis, M. Lombroso parle gratuitement de « paralysie générale ». Nordau et Grasset l'ont suivi sans protestation. Cependant nous ne voyons pas en quoi Baudelaire s'est « vautre de longs mois dans les degrés les plus abjects de la démence ». Il est simplement avéré qu'il fut hémiplégique et aphasique vers la lin de ses jours.

Dès le commencement de 1862, Baudelaire consignait dans son journal intime ces lignes douloureuses : ... Maintenant j'ai toujours le vertige, et aujourd'hui 23 janvier j'ai subi un singulier avertissement : j'ai senti passer sur moi le vent de l'aile de L'imbécillité. - Trois ans plus tard, en 1865, il écrit encore : ... Ce qui m'irrite plus que tout,

1 Michaut, Comment est mort Baudelaire (Chronique médicale. ra Î902 .

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